Vinted passe à l’IA : ces nouvelles photos bluffantes qui remplacent les vraies

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Les clichés amateurs disparaissent peu à peu de Vinted. À la place, des mannequins générés par intelligence artificielle, dans des décors léchés. Plus vendeurs, certes, mais rarement signalés comme tels. Une dérive esthétique autant qu’un flou juridique.

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Leader français de la vente de vêtements en ligne, la plateforme de seconde main est aujourd’hui gagnée par l’intelligence artificielle. Sur Vinted, une part croissante des annonces repose sur des images générées par IA. Grâce à un simple prompt, des vendeurs obtiennent des mannequins stylisés, des poses flatteuses, et une ambiance léchée. Mais aucune mention ne précise l’usage de l’intelligence artificielle. Un non-dit de plus en plus courant qui interpelle autant qu’il séduit.

Finies les photos miroir : l’IA relook Vinted

Sur Vinted, les clichés pris à la volée devant un miroir poussiéreux ou à contre-jour n’ont plus la cote. Remplacés par des images lisses, calibrées, presque trop parfaites pour être vraies. Et pour cause, elles ne le sont pas.

De plus en plus d’utilisateurs délaissent l’appareil photo de leur smartphone pour s’en remettre à des générateurs d’images. En quelques clics, un prompt bien rédigé, deux ou trois visuels du vêtement réel, et l’intelligence artificielle livre un rendu impeccable.

Un mannequin virtuel aux courbes idéales prend la pose dans un décor soigné, villa luxueuse ou ruelle fleurie, sans avoir à enfiler le vêtement une seule fois.

Les IA d’image, nouvelles alliées des vendeurs pressés

« L’IA me permet de vendre plus vite », confie une utilisatrice citée dans Le Figaro. Elle l’affirme sans détour : pour certaines coupes difficiles à mettre en valeur, ces visuels stylisés facilitent la projection.

Derrière son profil, une ribambelle de mannequins fictifs, tous souriants, tous impeccables, posent dans des lieux dignes d’une série Netflix. Pour le chaland, c’est séduisant, trop peut-être.

Fini le temps perdu à ajuster l’éclairage ou retoucher un fond disgracieux. L’IA s’occupe de tout. Elle sublime, embellit, et surtout, elle uniformise. Le produit devient image, la photo devient façade. Le vendeur y gagne en rapidité et en attractivité, mais le client, lui, perd un peu en transparence.

En filigrane, une tension : la frontière entre valorisation et enjolivement se fait de plus en plus mince. D’autant que ces visuels ne sont jamais signalés comme étant générés. Une habitude désormais bien installée, qui s’étend sans modération.

Quand le réalisme numérique joue avec la confiance des acheteurs

Pour les habitués des plateformes de générateur d’image , les incohérences trahissent souvent la supercherie : une main floue, une couture improbable, un pli qui défie la gravité. Mais dans la majorité des cas, les visuels passent inaperçus.

Les acheteurs doivent donc redoubler de vigilance. Certains clients demandent en privé une photo « réelle » du vêtement. D’autres se laissent séduire par l’image et commandent sans poser de question. Ce jeu de dupes s’installe dans une zone grise, où l’efficacité commerciale prend le dessus sur la clarté de l’offre. Car si l’IA sert à mieux vendre, elle sert aussi à mieux dissimuler.

Ce que dit, ou pas, la loi européenne sur ces images IA

Et sur le plan légal, le Parlement européen a pourtant tranché. Depuis mars 2024, l’AI Act impose noir sur blanc, une obligation de transparence dès lors qu’un contenu est généré ou modifié par une IA. Théoriquement, ces visuels devraient donc être signalés. En pratique, rien n’est fait, ni par les utilisateurs, ni par la plateforme.

Une avocate spécialisée déplore le retard des autorités françaises et européennes à encadrer ce type d’usage. Le texte est là, mais les moyens pour le faire appliquer manquent cruellement.

De son côté, Vinted dit suivre « avec attention les évolutions liées à l’IA dans les pratiques de ses membres ». Une attention passiv, qui laisse prospérer des usages non régulés et redessine, sans bruit, les codes de la vente en ligne.

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