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L’Europe peine à accorder ses violons dans le cadre de l’AI Act

Capable de véritables prodiges dans des secteurs très diversifiés, l’intelligence artificielle suscite logiquement des craintes. À sa capacité extraordinaire s’ajoutent les potentielles dérives qui pourraient représenter une menace pour l’humanité. Il convient donc d’encadrer son développement sans pour autant entraver son essor. Le projet AI Act a été élaboré dans ce sens. Toutefois, certains pays membres manifestent une certaine réticence à soutenir cette initiative.

Des négociations difficiles entre les États membres

L’AI Act ou Artificial Intelligence Act est un projet de règlement de l’intelligence artificielle initié pour la première fois en avril 2021 par la Commission européenne. Il n’a reçu le feu vert du parlement européen qu’en mai 2023. Depuis, les États membres peinent à trouver un consensus pour des raisons de souveraineté. L’Allemagne et la France ralentissent au maximum les négociations.

La principale question est comment limiter les risques de dérive sans empêcher le développement de l’IA sur le Vieux-Continent. Entamées le 6 décembre dernier, les discussions sont âpres, mais des progrès significatifs ont été enregistrés. Conformément à l’annonce de Thierry Breton, commissaire européen au Numérique, les travaux ont repris vendredi matin après la pause de jeudi.

La crainte d’un cadre règlementaire trop contraignant

Selon Jean-Baptiste Bouzige, président cofondateur d’Ekimetrics, l’axe franco-allemand craint la mise en place d’un cadre règlementaire trop contraignant. Cela aura pour effet de freiner le développement de leurs champions nationaux, Mistral AI et Aleph-Alpha, et de pénaliser leur compétitivité. Pourtant, ce projet de régulation permettrait à l’Europe d’asseoir ses propres règles dans le domaine de l’IA.

Plus précisément, cet expert souhaite une plus grande transparence des algorithmes. En effet, parmi les modèles d’IA actuels, beaucoup demeurent encore des boîtes noires. Or, il est indispensable de connaître et de comprendre leur mode de fonctionnement. L’adoption de l’AI Act va permettre de les auditer et d’offrir aux citoyens une protection adaptée contre les pièges de cette technologie.

Un retour à la frugalité pour des cerveaux plus spécialisés

Les modèles d’intelligence artificielle comme ChatGPT sont polyvalents, donc plus énergivores. Le refroidissement de ses unités de calcul pour son entraînement aurait demandé plus de trois millions de litres d’eau. Ce qui apparaît comme un énorme gaspillage de ressources. Selon Jean-Baptiste Bouzige, cela correspond au volume d’eau nécessaire pour fabriquer 370 voitures BMW. Concevoir des cerveaux numériques spécialisés selon les usages et donc moins énergivores devient une nécessité pour éviter une telle gabegie.

Pourtant, la tendance aujourd’hui est à la course au développement de modèles d’IA toujours plus puissants et polyvalents. Google a par exemple lancé Gemini pour concurrencer ChatGPT d’OpenAI, la référence actuellement. Gemini le surpasse déjà dans des domaines comme la résolution de problèmes de mathématiques et la traduction. Ce qui n’augure pas une baisse du rythme de développement.

Pour le moment, la dimension écologique de l’IA n’occupe pas encore le rang des priorités lors des négociations. Il reste à espérer que cette perspective environnementale trouve sa place dans les discussions à venir. Cela permettra d’ajouter une dimension durable et responsable à l’évolution de cette technologie révolutionnaire.

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