On parle souvent de Mistral, mais il y a un autre nom français qui commence à sérieusement faire chauffer les bureaux de la Silicon Valley : H Company. Tandis que les géants américains s’épuisent dans une course à l’intelligence suprême qui sait tout sur tout, la start-up de Gautier Cloix a choisi une voie bien plus concrète : celle de l’action. Ici, on ne demande pas à l’IA d’écrire un poème, on lui demande de réserver un billet de train, de remplir un dossier SAP ou de naviguer dans un logiciel interne complexe.
En misant sur le « computer use », H est en train de prouver que pour gagner la bataille de l’IA, il vaut mieux savoir tenir une souris qu’avoir réponse à tout.
L’obsession de l’action
Pour H Company, l’IA ne doit plus être une encyclopédie avec laquelle on discute, mais un agent capable d’exécuter des tâches dans le monde réel.
Avec une équipe d’une centaine de personnes, dont 35 chercheurs répartis entre Paris, Londres et les États-Unis, la start-up assume un positionnement radical : faire basculer l’IA du registre du savoir vers celui de l’action.
Gautier Cloix, à la tête de l’entreprise, est catégorique : là où les Américains cherchent l’AGI (l’intelligence générale capable de tout faire : voix, vidéo, texte), H s’est concentré sur une niche technologique appelée le computer use.
C’est la capacité pour un modèle d’interagir avec un ordinateur exactement comme vous le feriez, avec un clavier et une souris. Un choix qui porte ses fruits puisque, selon lui, H n’a pas de concurrent direct sur ce segment spécifique sur le territoire américain.
Votre ordinateur piloté par Computer Use
La force de H réside dans sa spécialisation. Au lieu de construire des modèles monstrueux nécessitant des ressources infinies, l’entreprise développe des modèles compacts, allant de 3 à 10 milliards de paramètres.
Ces modèles sont jusqu’à 100 fois moins chers à faire tourner pour une entreprise. Et sur les benchmarks spécialisés comme OS World ou Web Voyager, H se classe au premier rang.
L’agent n’a d’ailleurs pas besoin de connaître votre logiciel interne (comme un vieux SAP ou un outil maison) pour savoir l’utiliser. Il « regarde » l’écran et comprend où cliquer pour remplir sa mission.
L’idée n’est pas de passer des mois à configurer des API complexes, mais de lâcher un agent capable de naviguer dans n’importe quelle interface humaine de bout en bout.
Un portefeuille clients entre CAC 40 et Fortune 500
Le pragmatisme de H séduit déjà les plus grands. Son tour de table ferait pâlir n’importe quelle scale-up : Accel, Bpifrance, Amazon Web Services, mais aussi des figures comme Eric Schmidt, Xavier Niel ou Bernard Arnault (via Aglaé Ventures).
Cette confiance se retrouve dans un mix clients très haut de gamme. Le CAC 40, le Fortune 500 et le S&P 500 constituent le gros des troupes.
Environ 20 % concernent des entreprises de taille intermédiaire, tandis que les 10 % restants sont dédiés au secteur social, comme Handicap International ou l’hôpital Saint John à Bangalore. Pour H, la technologie doit être utile à tous, même là où la rentabilité n’est pas la priorité immédiate.
H Company (the Paris-based AI lab) launched the Holo3 model family, aggressively targeting the specific, high-value domain of autonomous UI navigation and computer use.
— Wes Roth (@WesRoth) April 1, 2026
Holo3 claims a massive 78.85% (rounded to 78.9%) on the OSWorld-Verified benchmark, which explicitly tests an… https://t.co/Ukeh21livo pic.twitter.com/mfvrSL332A
L’Amérique comme terre de conquête, l’Europe comme défi
Si H est née en France, ses yeux sont rivés de l’autre côté de l’Atlantique. Gautier Cloix le concède : le marché américain devrait devenir le plus gros marché de l’entreprise d’ici la fin de l’année 2026. La raison ? « Les gens signent beaucoup plus vite ».
En Europe, la situation est plus complexe. Le dirigeant parle de 27 bâtons de pèlerins pour affronter la fragmentation des marchés nationaux.
Pourtant, pas question d’abandonner le Vieux Continent. H prévoit simplement un plan spécifique, pays par pays, pour naviguer dans cette complexité administrative et commerciale.
Construire le « Full-Stack » de l’IA agentique
H construit alors tout l’écosystème nécessaire à l’exécution. C’est l’approche full-stack. L’entreprise propose une boucle complète combinant des modèles fondamentaux spécialisés dans la vision et l’action et des agents autonomes prêts à l’emploi.
Mais également une infrastructure d’exécution robuste (Runner H) et un apprentissage continu pour s’adapter aux changements d’interfaces.
Surfer et HoloTab, l’IA pour tous dans le navigateur
La montée en puissance de H s’est faite par étapes. Il y a d’abord eu Runner H pour les développeurs, puis la série des agents Surfer capables de manipuler des pages web complexes. En octobre 2025, Surfer 2 marquait déjà une rupture en termes de robustesse.
Aujourd’hui, l’évolution ultime s’appelle Holo 3, un modèle capable d’agir comme un humanoïde virtuel sur n’importe quel logiciel. C’est ce modèle qui alimente la dernière innovation de la marque : HoloTab, lancée le 15 avril 2026.
Contrairement aux outils précédents, HoloTab est une extension gratuite pour Chrome pensée pour le grand public.
Vous décrivez un objectif en langage naturel, et l’agent s’exécute. Il compare des prix, remplit des formulaires, enchaîne les clics sur différents sites… sous vos yeux.
Mieux encore, la fonction Routines permet de montrer une tâche répétitive une seule fois à l’IA pour qu’elle puisse la reproduire automatiquement par la suite.
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