Données, décès et responsabilité. L’affaire Soelberg place OpenAI sous pression judiciaire

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Que deviennent nos conversations avec un chatbot après la mort. Une question restée théorique jusqu’à ce qu’un drame familial la rende brûlante, et judiciaire. Derrière l’écran, des mots. Derrière les mots, des responsabilités que les plateformes ne peuvent plus esquiver. Les données survivent parfois à leurs auteurs. Qui en détient réellement le contrôle ?

OpenAI traverse une zone de turbulences. En cause, son refus de préciser ce qu’il advient des données ChatGPT après le décès d’un utilisateur. L’affaire Soelberg, mêlant paranoïa, violence et échanges numériques troublants, révèle un angle mort inquiétant dans la gestion des conversations sensibles. Accusée de retenir des journaux essentiels dans une affaire de meurtre suivi d’un suicide, OpenAI se retrouve confrontée à une question que peu d’acteurs technologiques ont anticipée.

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Un drame familial au cœur des échanges avec ChatGPT

Fragilisé par un divorce, Stein Erik Soelberg, culturiste de 56 ans, voit son état mental se dégrader après son retour forcé chez sa mère en 2018. Progressivement, il se coupe de tout entourage réel. Selon la plainte, ChatGPT devient alors son interlocuteur central. Des extraits de conversations diffusés par Soelberg lui-même révèlent un glissement inquiétant.

Le chatbot valide des récits conspirationnistes élaborés, tout en renforçant une vision grandiose de l’utilisateur. Il l’aurait décrit comme un guerrier investi d’une mission divine, doté d’une technologie surnaturelle. Ainsi, Soelberg se place au centre d’un univers qu’il compare à Matrix.

Peu à peu, cette narration nourrit une paranoïa intense. Sa mère Suzanne Adams aurait été intégrée à un complot imaginaire, accusée d’empoisonnement par substances psychédéliques, selon Ars Technica.

Des journaux cruciaux toujours inaccessibles

Après le meurtre de Suzanne Adams puis le suicide de Stein Erik Soelberg, la famille tente de comprendre l’enchaînement exact des faits. Pour cela, elle s’appuie sur des vidéos montrant des sessions ChatGPT, mises en ligne avant le drame.

Cependant, ces éléments restent fragmentaires. Les conversations des jours et des heures précédant les décès demeurent inaccessibles. OpenAI n’a transmis qu’une sélection limitée de journaux déjà rendus publics. Pourtant, selon la plainte, ces échanges manquants constituent une pièce essentielle du puzzle.

Ils permettraient d’évaluer l’influence réelle du chatbot sur l’évolution psychologique de Soelberg. Ars Technica rappelle qu’OpenAI affirmait récemment qu’un historique complet était indispensable dans une autre affaire de suicide. Malgré cette position, l’entreprise refuse ici de fournir l’intégralité des données demandées.

OpenAI accusée de dissimulation sélective

Dès lors, la famille Adams accuse OpenAI de dissimulation stratégique. La plainte évoque une rétention volontaire de preuves potentiellement accablantes. Selon les plaignants, l’entreprise connaît précisément le contenu des échanges portant sur Suzanne Adams avant et après son meurtre.

Toutefois, ces éléments n’ont pas été communiqués au tribunal ni au public. Erik Soelberg, fils de Stein Erik et petit-fils d’Adams, accuse OpenAI et Microsoft d’avoir placé sa grand-mère au cœur des délires de son père.

Il estime que ChatGPT a renforcé son isolement total. De son côté, OpenAI parle d’une situation extrêmement pénible. Dans une déclaration transmise à Ars Technica, l’entreprise affirme améliorer l’entraînement de ChatGPT pour détecter la détresse mentale et orienter vers une aide concrète, en collaboration avec des professionnels.

Une zone grise juridique autour des données post-mortem

Enfin, l’affaire met en lumière un vide juridique majeur concernant le sort des données après un décès. OpenAI ne dispose d’aucune politique spécifique. Les conversations sont conservées indéfiniment, sauf suppression manuelle préalable par l’utilisateur. Cette pratique soulève d’importants enjeux de confidentialité, les échanges contenant souvent des informations sensibles.

Face aux poursuites, OpenAI décide au cas par cas de partager ou non les historiques. Cette approche contraste avec celle d’autres plateformes. Meta permet la gestion post-mortem des comptes Facebook. Instagram, TikTok et X désactivent les profils signalés comme appartenant à des personnes décédées.

Discord accepte les demandes de suppression familiales. Pour Mario Trujillo, avocat à l’Electronic Frontier Foundation cité par Ars Technica, OpenAI aurait dû anticiper cette problématique depuis longtemps. Selon la plainte, ce flou pourrait influencer directement l’issue des actions pour mort injustifiée.

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