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IA, conformité et souveraineté : l’open source européen pour la protection des données publiques

L'horizon 2026 marque un tournant décisif pour la souveraineté numérique du Vieux Continent où l’open source européen pourrait jouer un rôle.

L’horizon 2026 marque un tournant décisif pour la souveraineté numérique du Vieux Continent où l’open source européen pourrait jouer un rôle. Entre le renforcement des cadres réglementaires comme le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) et l’imminence de l’AI Act, les organisations publiques et privées se trouvent à la croisée des chemins. 

La pression au sein de l’Union Européenne est palpable en 2026. Comment garantir la protection de nos données sensibles et la maîtrise de nos infrastructures critiques face aux géants technologiques étrangers ? L’urgence n’est plus seulement une question de conformité légale, mais un enjeu de gestion du risque opérationnel et stratégique. L’open source européen y émerge comme une voie crédible et résiliente au prix d’oser la migration. Marc Pezin, Directeur Marketing chez Vates, éditeur français de solutions de virtualisation open source, et Jean-Charles Specht, Responsable Informatique à la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) du Grand Est, un utilisateur pionnier de ces solutions parlent de leur expérience en la matière.

Pendant des années, la conformité aux réglementations sur la protection des données était perçue comme une contrainte supplémentaire pour les sociétés européennes. Aujourd’hui, cette perspective a radicalement changé. Pour Marc Pezin, l’évolution est nette. « La souveraineté, c’est plus seulement un enjeu juridique, c’est aussi devenu un sujet concret de gestion du risque chez nos clients. » Il note d’autant plus que ce basculement place la souveraineté au même niveau que la performance ou le coût, devenant un critère de décision majeur dans les appels d’offres.

Du côté des administrations publiques, cette quête de souveraineté est vécue comme un moteur. Jean-Charles Specht de la DRAC Grand Est l’affirme : « moi je le vis plutôt bien. Jusqu’à il y a quelques années, on se laissait un peu porter par les gros acteurs majeurs […] quand on commence un peu à gratter le vernis, on voit que tout n’est pas si rose. Pour moi, c’est très stimulant de chercher à s’affranchir des acteurs hégémoniques du marché quand on peut. » Cette appétence pour un acteur européen et open source ne reste plus marginale. En effet, elle est devenue un levier stratégique pour reprendre le contrôle.

La réaction au Cloud Act et à la dépendance hégémonique

La discussion autour du Cloud Act américain et des risques d’ingérence extra-territoriale n’est qu’une facette d’un problème plus vaste. Celle de la dépendance technologique. Marc Pezin met en garde : « le Cloud Act, c’est un élément parmi d’autres […] le vrai problème, c’est plutôt la dépendance. » 

Il cite l’exemple de l’acquisition de VMware par Broadcom. En effet, il a bouleversé des milliers d’entreprises par un simple changement de stratégie tarifaire. « Quand un acteur devient absolument incontournable et véritablement hégémonique, l’utilisateur perd sa capacité à choisir, » explique-t-il, soulignant que « l’absence d’alternative » est la véritable menace.

Cette perte de contrôle est ressentie du côté des clients, dont les administrations. Jean-Charles Specht parle de son expérience.  » Nous, nous le ressentons à tous les niveaux quand certains logiciels sont passés en mode abonnement. Avant nous avions une licence d’usage perpétuelle. Cela pèse plus lourdement sur nos finances. C’est clairement un changement de paradigme.  » 

Ce constat souligne l’importance et l’intérêt pour les entités publiques de s’émanciper du verrouillage propriétaire (vendor lock-in). L’open source pourrait offrir une plus grande réversibilité et maîtrise européen.

La migration vers l’open source européen, le cas pionnier de la DRAC Grand Est

La DRAC Grand Est a anticipé bien avant l’agitation autour de Broadcom, amorçant dès 2016 sa migration vers Vates. Jean-Charles Specht révèle : « ce n’est même pas le rachat de VMware par Broadcom qui a été le déclencheur, nous avons été bien en avance de phase. « . En effet, le déclencheur a été la nécessité d’homogénéiser des SI disparates post-fusion des régions, couplée à une forte « appétence pour l’open source et le monde du libre. » 

Loin des clichés de migrations longues et coûteuses, le passage s’est avéré gérable. Marc Pezin nuance la perception courante de l’open source européen face à l’expérience de Vates avec le Grand Est. Pour lui, « l’infrastructure de la région Grand Est est assez représentative d’énormément d’utilisateurs. L’enjeu de migration de ce type d’infrastructure n’est pas le même que pour les très grands groupes ».  Il explique que les outils actuels peuvent minimiser la complexité technique. « Dans de nombreux environnements de taille petite ou moyenne, la migration technique d’une machine virtuelle peut être réalisée en quelques dizaines de minutes. »

 L’aspect humain, la flexibilité des équipes à se former à de nouvelles solutions, est souvent le défi majeur. Le DRAC Grand Est l’a montré.

Au-delà des bénéfices techniques et financiers dont un coût de licensing non plus cher, Jean-Charles Specht met en avant un « effet bonus » crucial. « On investit dans une société française, ce n’est pas des licences qui partent aux États-Unis, c’est dans un certain sens du réinvestissement en France, des emplois, des compétences qui restent. » Souligne-t-il. Cet argument résonne fortement avec la volonté politique de soutenir une économie numérique européenne et de renforcer les écosystèmes locaux.

Déconstruire les mythes de l’immaturité et du manque de support de l’open source 

L’open source a longtemps souffert d’une image de manque de maturité ou de support. Marc Pezin considère que les temps ont changé, pour lui, « le débat autour de l’open source, il est quand même plutôt derrière nous que devant nous. » Il donne les exemples de Linux, de Kubernetes qui montrent que les technologies open source sont devenues des « socles dans énormément d’écosystèmes, » y compris critiques dans l’écosystème européen. 

La question du support est au cœur du modèle économique de Vates. Chez eux, « la valeur de notre souscription repose sur un ensemble de services comprenant le support, les mises à jour, l’accompagnement et l’accès à un éditeur impliqué dans le développement de la plateforme. » Ce modèle crée un « cercle vertueux » où l’éditeur a intérêt à la stabilité de ses solutions.

L’open source est également un « vrai garde-fou » et un « enjeu de souveraineté » pour le client européen. En offrant un code source ouvert, il garantit la réversibilité et la possibilité de reprendre le contrôle du logiciel, même en cas de décisions unilatérales d’un éditeur ou d’une ingérence gouvernementale.

Quant à la perception des solutions européennes face aux américaines, Marc Pezin dénonce une « prophétie auto-réalisatrice ». En effet, selon lui, « pour qu’émergent des solutions européennes qui sont crédibles, il faut leur donner les moyens de réussir. » : le manque de volonté et d’investissement local serait la vraie barrière. 

Les talents existent en Europe, mais ils nécessitent un écosystème favorable. La commande publique a un rôle « hyper important » pour créer des opportunités, mais l’investissement privé est également fondamental pour développer des champions technologiques. Des signaux positifs, comme la migration de la métropole de Lyon vers le libre, ou les déclarations ministérielles, indiquent un « glissement vers le mieux. » Des actions concrètes doivent suivre ces dernières.

Vers une stratégie de libération technologique pour la fonction publique

La dépendance des services publics aux outils étrangers ne se limite pas à la virtualisation. Jean-Charles Specht évoque une « guerre de tranchées » entre les ministères. Cependant, il donne un exemple puissant d’une institution publique qui a réussi la transition.  » Cela fait 20 ans que la gendarmerie nationale à fait le choix du 100% logiciel libre et que tout fonctionne […] Ils sont la preuve que c’est surtout une question de volonté « 

Marc Pezin met aussi en garde contre « l’illusion de l’indépendance. ». Il prend l’exemple de l’intelligence artificielle avec le ban de Fable 5. Développer un modèle d’IA 100% souverain est vain si la pile technologique sous-jacente (virtualisation, stockage, hardware) ne l’est pas. La solution réside dans une analyse consciente de la dépendance et la définition d’un « curseur » acceptable pour celle-ci. L’objectif n’est pas nécessairement un « 100% souverain » immédiat, mais une démarche volontaire et progressive vers une meilleure maîtrise.

Le succès de la DRAC Grand Est est « reproductible à très grande échelle, » insiste Marc Pezin. D’ailleurs, s’ils ont fait office de pionniers, Vates accompagne déjà des clients de toutes tailles. Ils prouvent la scalabilité de ses solutions basées sur de l’open source européen.

L’expertise et la maturité de ces offres, souvent bâties sur des fondations open source solides et éprouvées comme Xen, démontrent que les alternatives ne sont pas des choix par défaut, mais des solutions robustes, compétitives et stratégiquement avantageuses pour l’écosystème européen.

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