L’horizon 2035, les robots pourraient devenir des outils privilégiés du crime organisé. La police européenne se prépare à un changement radical. Selon Europol, la criminalité de demain pourrait s’appuyer massivement sur les machines autonomes.
À quoi ressemblera la criminalité dans dix ans. Europol tente d’apporter une réponse. Dans un rapport publié par son laboratoire d’innovation, l’agence imagine un avenir où robots et drones pourraient redessiner les menaces sécuritaires. Loin d’une prédiction ferme, le document esquisse des scénarios jugés plausibles, alors que l’intelligence artificielle et les systèmes autonomes gagnent chaque sphère de la société.
Robots domestiques et assistants, des failles sous-estimées
À mesure que les robots investissent foyers et hôpitaux, Europol anticipe des usages détournés aux conséquences sensibles. Dans son rapport prospectif de 48 pages publié début 2025, l’agence évoque des assistants domestiques piratés afin de collecter des données personnelles, enregistrer des conversations privées ou manipuler des personnes vulnérables.
Ces machines connectées, souvent dépendantes d’Internet, pourraient aussi servir à surveiller des familles ou faciliter des abus, notamment envers des mineurs. Europol souligne que ces scénarios reposent sur des vulnérabilités déjà observées dans certains systèmes connectés, rappelant que la frontière entre assistance et intrusion demeure fragile.
Selon les chercheurs, l’absence de réponses juridiques claires sur la responsabilité et la maltraitance robotique pourrait accentuer les tensions entre citoyens et forces de l’ordre, dès lors que ces technologies deviendront omniprésentes.
Drones, véhicules autonomes et nouvelles tactiques criminelles
Parallèlement, Europol alerte sur l’essor des drones et véhicules autonomes dans des stratégies criminelles de plus en plus élaborées. Trafiquants et réseaux de contrebande exploitent déjà ces outils, notamment pour livrer des marchandises dans les prisons ou surveiller des zones sensibles.
Le rapport cite l’exemple de drones récupérés dans des zones de conflit, comme l’Ukraine, susceptibles d’être réutilisés à des fins violentes. Des essaims coordonnés pourraient transporter des explosifs artisanaux, espionner des opérations policières ou perturber des infrastructures urbaines.
Europol observe aussi l’émergence d’un marché clandestin, où des pilotes de drones proposent leurs services en ligne. Cette évolution transforme l’espace criminel, désormais aérien, mobile et difficilement traçable, compliquant considérablement les enquêtes traditionnelles.
Terrorisme, gangs et surveillance des forces de l’ordre
Les scénarios envisagés par Europol vont plus loin, intégrant des usages terroristes et des affrontements entre gangs rivaux. Des drones armés pourraient cibler des foules ou servir d’outils d’intimidation territoriale, tandis que des robots détournés assisteraient des opérations de surveillance illégale.
Martim Brandão, chercheur au King’s College de Londres, juge plausibles les risques de chantage et d’espionnage domestique, mais reste sceptique sur une adoption massive de drones terroristes. D’autres soulignent que l’automatisation pourrait aussi provoquer des réactions hostiles contre les machines elles-mêmes, nourries par la crainte des pertes d’emplois et une défiance accrue envers la technologie.
Une police sommée de changer d’échelle et de dimension
Face à ces perspectives, Europol plaide pour une transformation profonde des forces de l’ordre européennes. Le rapport recommande un investissement renforcé dans la formation, l’intelligence artificielle, la robotique et la cybersécurité.
L’objectif consiste à passer d’une police bidimensionnelle à une approche tridimensionnelle, capable d’opérer au sol comme dans les airs. Catherine De Bolle, directrice exécutive d’Europol, rappelle que l’intégration des systèmes sans pilote dans la criminalité constitue déjà une réalité
D’autres experts, comme Giovanni Luca Masala de l’Université du Kent, estiment néanmoins que l’adoption dépendra aussi des coûts et des capacités industrielles. Tous s’accordent cependant sur un point central. Sans équipements adaptés, les forces de l’ordre risquent de perdre durablement l’avantage face à des adversaires technologiquement aguerris.
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