Les suppressions d’emplois ont atteint un niveau inédit cette année. Plus d’un million de postes ont disparu dans le monde. Pourtant, contrairement aux idées reçues, l’intelligence artificielle ne se trouve à l’origine que d’une infime partie de ces décisions. Derrière le vernis technologique, les causes apparaissent bien plus classiques.
Les annonces de licenciements se succèdent, souvent accompagnées de promesses d’automatisation et de modernisation. Cependant, selon les données du cabinet Challenger, Gray and Christmas, l’intelligence artificielle ne représente qu’une part marginale des suppressions d’emplois observées en 2025. À mesure que les plans sociaux se multiplient, l’IA s’invite dans les discours des dirigeants.
Plus d’un million d’emplois supprimés en douze mois
Jamais depuis la pandémie les suppressions de postes n’avaient atteint un tel niveau en une seule année. Selon Challenger Gray and Christmas, les entreprises ont éliminé environ 1,1 million d’emplois en 2025. Pourtant, seule une fraction de ces décisions concerne réellement l’intelligence artificielle.
Le cabinet estime à près de 55 000 les licenciements directement liés à l’IA, soit moins de 1 % du total. Derrière les annonces, la technologie pèse donc peu. Beaucoup d’entreprises évoquent l’automatisation pour accompagner des restructurations déjà prévues. Ces dernières sont souvent dictées par la pression économique, la baisse des marges et un climat mondial instable. Les chiffres nuancent fortement le récit dominant autour de l’automatisation.
Amazon et Salesforce, deux exemples révélateurs
Dans la tech, les exemples illustrent ce décalage entre discours et réalité. En juin 2025, Andy Jassy expliquait aux salariés d’Amazon que l’IA réduirait certains besoins humains. Pourtant, après 14 000 licenciements annoncés en octobre, le dirigeant reconnaissait devant les investisseurs que la décision ne venait pas vraiment de l’IA.
Salesforce adopte une posture différente. L’entreprise affirme désormais que jusqu’à 50 % du travail serait réalisé par des outils intelligents. Les suppressions de postes ont pourtant précédé cette communication, révélant surtout une stratégie de réduction de coûts assumée. Cette communication nourrit pourtant des attentes éloignées des réalités opérationnelles.
L’impact invisible de l’IA sur les postes juniors
Au-delà des chiffres visibles, l’effet le plus marquant concerne les recrutements manqués. L’IA n’élimine pas seulement des postes existants, elle bloque surtout les nouvelles embauches. Les fonctions de début de carrière subissent de plein fouet cette tendance.
Beaucoup d’entreprises estiment, à tort, que ces missions peuvent être confiées à des systèmes automatisés. Par conséquent, des jeunes diplômés restent à l’écart du marché. Cette contraction silencieuse ne figure pas toujours dans les statistiques de licenciements, mais elle redessine durablement l’accès à l’emploi. À long terme, cette logique fragilise la transmission de compétences professionnelles.
Le mythe d’une IA immédiatement rentable
Autre élément clé, la rentabilité réelle de l’IA reste largement surestimée. Une étude du MIT publiée durant l’été 2025 indique que 95 % des organisations engagées dans des projets IA n’observent aucun retour sur investissement.
Malgré cela, l’argument technologique continue de séduire les marchés. Selon Challenger Gray and Christmas, les restructurations expliquent plus du double des pertes d’emplois liées à l’IA.
Les conditions économiques comptent quatre fois plus, tandis que les coupes budgétaires gouvernementales pèsent près de six fois davantage. Derrière l’IA, des dirigeants arbitrent surtout en faveur du cours de l’action. Ce calcul financier précède souvent toute considération sociale ou technologique.
- Partager l'article :
