Clothoff, une application spécialisée dans les deepfakes pornographiques, prétend aider les victimes de l’IA en faisant des dons à une mystérieuse organisation.
En creusant, tout semble indiquer que cette initiative cache bien plus qu’un simple geste de charité. Effectivement, Clothoff affirme faire des dons à ASU Label, une organisation censée défendre les droits des personnes affectées par l’IA. Cependant, plusieurs éléments jettent un doute sur cette prétendue mission humanitaire.
En bref :
- L’application de deepfakes pornographiques non consentis Clothoff prétend financer l’ONG « ASU Label » pour aider les victimes d’IA. Les enquêtes démontrent qu’ASU Label est une entité opaque sans existence légale, publiant des articles générés par IA.
- Cette stratégie de fausse philanthropie vise à blanchir l’image de l’application pour contourner les blocages des processeurs de paiement et des magasins d’applications.
- Sévérité juridique (2026) : L’application fait l’objet de blocages administratifs fermes par le Garante en Italie, tandis que le Take It Down Act américain et l’EU AI Act pénalisent lourdement la création d’images intimes non consenties (NCII).
Qu’est-ce que Clothoff et quelle est la supercherie ASU Label ?
Clothoff est un service en ligne permettant de dénuder virtuellement des individus à partir de simples photographies sans leur consentement. Pour masquer le caractère illégal et abusif de son activité, la plateforme affirme reverser une partie de ses revenus à ASU Label, une soi-disant organisation à but non lucratif dédiée à la défense des victimes de l’IA.
Les investigations menées sur l’organisation ASU Label révèlent une absence totale d’existence juridique. Le site web de cette entité ne fournit aucune identification de ses fondateurs, aucune adresse de siège social et aucun numéro d’enregistrement au registre des associations ou des ONG.
Interrogés sur leur statut légal, les représentants d’ASU Label invoquent des « pressions extérieures » pour refuser de fournir la moindre preuve d’immatriculation.
De plus, les analyses textuelles réalisées sur les articles d’ASU Label à l’aide d’outils de détection de contenu (tels que GPTZero) démontrent que 90 % à 100 % des textes dénonçant les dérives du deepfake ont été rédigés automatiquement par des modèles de langage d’IA.
Ce qui confirme le caractère factice de cette vitrine philanthropique.
L‘impuissance de l’argument de « l’inévitabilité technologique »
Face aux régulations, les représentants de Clothoff soutiennent publiquement que « l’évolution de l’IA est inévitable et que toute tentative de restriction est vouée à l’échec ».
Cette rhétorique visant à dégager la responsabilité de l’éditeur ne résiste plus à la réalité juridique de 2026. Les autorités de régulation ne cherchent pas à interdire le développement de l’intelligence artificielle générative dans son ensemble.
Elles veulent sanctionner pénalement l’usage d’algorithmes à des fins de harcèlement, de diffamation et d’atteinte à la dignité des personnes.
La fermeture des accès bancaires, le blocage des infrastructures DNS et la saisie des banques de données d’entraînement par les services de cybercriminalité démontrent que la responsabilité des opérateurs d’applications illégales est désormais engagée.
Cela, au même titre que celle des hébergeurs de contenus criminels traditionnels.
Un réseau opaque et des pratiques douteuses
Clothoff ne divulgue pas l’identité de ses dirigeants. Pire encore, son site change régulièrement les noms des entreprises censées la gérer. Lorsqu’une société de développement a découvert son nom sur le site de Clothoff, elle a immédiatement demandé sa suppression.
En réponse, Clothoff a remplacé son nom par celui d’une autre entreprise, cette fois une société d’investissement en IA. Ce schéma s’est répété au moins quatre fois depuis 2023, selon les enquêteurs.
Les deepfakes pornographiques sont de plus en plus encadrés par la loi. Aux États-Unis, la loi Take It Down criminalise la diffusion d’images intimes non consenties. Au Royaume-Uni, un projet de loi prévoit des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison pour l’utilisation d’outils d’IA destinés à produire du contenu pédopornographique.
Clothoff, quant à elle, minimise ces régulations. Selon son équipe, « l’évolution de l’IA est inévitable et toute tentative de restriction est vouée à l’échec ». Cette déclaration souligne l’absence totale de prise de responsabilité de la plateforme.
Une tentative maladroite de redorer son image
L’affirmation selon laquelle Clothoff aide les victimes de l’IA via des dons semble avant tout une stratégie de communication. Ni ASU Label ni Clothoff ne fournissent de preuve concrète de leurs actions. De plus, leurs pratiques contradictoires laissent penser que cette alliance sert avant tout à améliorer l’image d’une application controversée.
Difficile donc de considérer cette initiative comme une réelle démarche humanitaire. Dans ce contexte, il devient urgent de s’interroger sur les intentions réelles de ces acteurs et sur leur impact sur les victimes des deepfakes.
Nouvelles récentes sur Clothoff : interdiction en Italie et contexte légal
L’application Clothoff, spécialisée dans la création de deepfakes pornographiques, fait l’objet d’une attention accrue de la part des régulateurs européens, et plus particulièrement en Italie. L’Autorité italienne de protection des données (Garante) a ordonné l’arrêt immédiat de l’accès à Clothoff pour les utilisateurs italiens, invoquant des manquements graves en matière de protection des données personnelles et de consentement des personnes représentées.
Le régulateur italien dénonce notamment que l’application ne vérifie pas si les personnes dont les images sont manipulées ont donné leur accord, et pointe du doigt le risque particulièrement élevé concernant les mineurs. Le Garante souligne que ces pratiques représentent une violation directe du droit à l’image et du consentement explicite des individus. Elles sont établies conformément au RGPD et à la législation italienne sur la protection des données personnelles.
Cette interdiction n’est pas isolée. Elle vise à renforcer la régulation des technologies de deepfake à caractère sexuel. Plusieurs autres pays, comme l’Espagne et le Royaume-Uni, étudient des mesures similaires pour encadrer les contenus manipulés par IA, en particulier lorsqu’ils touchent des personnes vulnérables ou mineures.
Clothoff et les ambiguïtés de l’industrie des deepfakes : quel futur ?
Étant une application spécialisée dans la création de deepfakes pornographiques, Clothoff soulève de nombreuses interrogations sur l’avenir de l’industrie des deepfakes. Cette technologie est, en effet, capable de produire des contenus visuels et sonores extrêmement réalistes. Par conséquent, elle est devenue un terrain de débats éthiques et législatifs actuellement.
Clothoff se distingue toutefois par ses déclarations sur son engagement auprès des victimes de l’IA, notamment à travers des dons à l’organisation ASU Label. Malgré cela, des contradictions majeures émergent concernant cette prétendue mission humanitaire. Ces dernières laissent planer un doute sur les véritables intentions de l’application.
L’absence de transparence et les liens flous avec ASU Label soulignent également la complexité des pratiques dans le secteur des deepfakes. Avouons-le, des régulations comme la loi Take It Down aux États-Unis visent à lutter contre la diffusion de contenus intimes non consensuels. Néanmoins, des plateformes comme Clothoff semblent minimiser ces avancées légales.
- Partager l'article :
Restez à la pointe de l'information avec
INTELLIGENCE-ARTIFICIELLE.COM !

