La France a toujours su former des ingénieurs d’élite. De la naissance de Mistral AI aux avancées en physique quantique, le génie technologique hexagonal n’est plus à prouver. Mais avoir les meilleurs moteurs ne sert à rien si personne ne sait conduire la voiture. C’est tout le paradoxe français en 2025 : une recherche de pointe, mais un tissu économique (PME, ETI) qui peine encore à intégrer l’intelligence artificielle au quotidien.
C’est pour résoudre cette équation complexe que Clara Chappaz est montée en première ligne. Ancienne directrice de la Mission French Tech, fille d’un pionnier du web, elle est aujourd’hui la voix et le bras armé de la stratégie numérique du gouvernement.
Avec le lancement très attendu de son plan « Osez l’IA », elle tente le pari de la démocratisation massive.
Mais qui est vraiment cette stratège qui préfère la rentabilité aux paillettes ? Est-elle l’architecte capable de garantir notre souveraineté numérique face aux géants américains et chinois ?
Portrait d’une femme qui ne veut pas seulement que la France crée de l’IA, mais qu’elle l’utilise.
Nom : Clara Chappaz
Fonction (2025) : secrétaire d’État chargée de l’Intelligence Artificielle et du Numérique.
Précédemment : Directrice de la Mission French Tech (2021-2024), Chief Business Officer chez Vestiaire Collective.
Formation : ESSEC Business School, Harvard Business School.
Fait d’armes récent : lancement du plan national « Osez l’IA » (Juillet 2025) pour numériser les PME.
Qui est vraiment Clara Chappaz, l’héritière qui s’est fait un prénom ?
Dans l’écosystème tech, le patronyme « Chappaz » résonne comme une marque de fabrique. Pourtant, résumer Clara Chappaz à son héritage familial serait une erreur d’analyse.
Son parcours démontre une volonté farouche de tracer sa propre ligne, marquée par un pragmatisme business qui tranche avec l’idéalisme parfois naïf de la Silicon Valley.
Comment l’héritage familial a-t-il forgé sa vision ?
Pour comprendre la Clara Chappaz de 2025, il faut remonter aux années 2000. Elle est la fille de Pierre Chappaz, figure tutélaire du web français, fondateur de Kelkoo et de Teads.
Elle a grandi en observant de l’intérieur ce qu’est l’hyper-croissance, les levées de fonds et les crises de la bulle internet.
Cependant, contrairement aux clichés du « Geek », Clara Chappaz ne s’est pas enfermée dans le code.
Son parcours académique (ESSEC, puis Harvard Business School) révèle sa véritable nature : c’est une stratège. Elle ne construit pas la technologie, elle construit les modèles économiques qui la rendent viable.
Cette double culture, l’entrepreneuriat dans le sang et l’excellence académique, Clara Chappaz l’a mis à l’épreuve sur le terrain.
Avant de rejoindre la sphère publique, elle a fait ses armes chez Vestiaire Collective, la licorne française de la seconde main de luxe.
En tant que Chief Business Officer, elle a piloté l’expansion internationale d’une entreprise tech grand public.
Elle connaît donc la douleur de la croissance, la difficulté de recruter et l’exigence de la rentabilité. C’est cette expérience du réel qui crédibilise sa parole auprès des chefs d’entreprise aujourd’hui.
Pourquoi son passage à la tête de la French Tech a-t-il marqué les esprits ?
Lorsqu’elle prend la tête de la Mission French Tech en 2021, l’euphorie est à son comble. L’argent coule à flots, les valorisations s’envolent. Mais Clara Chappaz sent le vent tourner bien avant les autres.
Son mandat (2021-2024) restera comme celui du changement de paradigme.
- Avant elle : l’unique métrique du succès était le statut de « Licorne » (valorisation à 1 milliard) et les levées de fonds records.
- Avec elle : le discours s’est recentré sur des valeurs plus durables. Elle a imposé de nouveaux critères : la rentabilité, la parité (avec le Pacte Parité) et l’impact écologique (Green20).
Elle a préparé l’écosystème français à « l’hiver de la tech » de 2023-2024. Si la France a mieux résisté que d’autres voisins européens à l’éclatement de la bulle, c’est en partie grâce à cette impulsion : arrêter de brûler du cash pour la gloire, et construire des entreprises solides.
Une philosophie qu’elle applique désormais à l’échelle de l’État avec le dossier de l’Intelligence Artificielle.
En quoi consiste le plan « Osez l’IA » lancé en juillet 2025 ?
Si les mandats précédents étaient axés sur la « Start-up Nation », la feuille de route de Clara Chappaz pour 2025 marque un tournant vers la « SME Nation » (la nation des PME).
Le lancement officiel du plan « Osez l’IA » en juillet 2025 répond à une urgence économique absolue : éviter que le tissu économique français ne se fracture en deux.
Pourquoi l’adoption de l’IA dans les PME est-elle son obsession ?
L’analyse de Clara Chappaz, relayée par plusieurs sources, part d’un constat alarmant établi début 2025. Il existe une fracture de l’intelligence en France :
- Le haut de la pyramide (CAC 40 et Tech) : ces entreprises ont déjà intégré des LLM (Large Language Models) dans leurs processus, gagnant en productivité de l’ordre de 20 à 30%.
- La base (PME, TPE, artisans) : pour 70 % d’entre elles, l’IA reste un concept lointain, voire anxiogène, perçu comme trop cher ou trop complexe.
Pour la Secrétaire d’État, le danger est mortel : si les PME françaises ne prennent pas le virage maintenant, elles seront balayées par la concurrence internationale d’ici 2030.
Son obsession n’est donc pas technologique, elle est compétitive. Il ne s’agit pas de savoir coder, mais de savoir utiliser l’IA pour automatiser la facturation, optimiser les stocks ou améliorer le service client.
À l'initiative de la France, l'Europe prend aujourd'hui des sanctions contre les relais de la propagande du Kremlin et les artisans des ingérences numériques étrangères. Zéro impunité pour les ingénieurs du chaos. pic.twitter.com/mrEz3IIB29
— Jean-Noël Barrot (@jnbarrot) December 15, 2025
Quelles sont les mesures concrètes pour les entreprises ?
Le plan « Osez l’IA » n’est pas une simple déclaration d’intention. C’est un dispositif pragmatique doté d’une enveloppe budgétaire conséquente, conçu pour lever les freins psychologiques et financiers.
Voici les trois piliers que tout dirigeant doit connaître :
- Le « Chèque Audit IA » : c’est la mesure phare. L’État subventionne désormais jusqu’à 50% des frais d’audit pour toute PME souhaitant identifier où l’IA peut lui faire gagner du temps.
- Opportunité pour les agences : c’est le moment idéal pour proposer des offres d’accompagnement labellisées.
- La Formation des Dirigeants (Pas des codeurs) : Clara Chappaz insiste : « Le blocage n’est pas dans la salle serveur, il est dans le bureau du patron ». Le plan finance de courtes formations intensives pour les Comex et les gérants, afin qu’ils comprennent les enjeux stratégiques sans jargon technique.
- Le « Tinder de l’IA » (Matchmaking souverain) : pour éviter que les PME ne se tournent par défaut vers ChatGPT (OpenAI) ou Copilot (Microsoft), le plan met en place une plateforme de mise en relation favorisant les solutions françaises. L’objectif est de connecter la boulangerie industrielle de Vendée avec la start-up d’IA de Nantes, créant ainsi un cercle vertueux local.
Si vous dirigez une PME, n’attendez pas. Les guichets pour le « Chèque Audit IA » sont ouverts via Bpifrance. C’est une opportunité unique de moderniser votre structure à moindre coût tout en sécurisant vos données.
Comment concilie-t-elle innovation et régulation européenne ?
Être Secrétaire d’État au Numérique en France, c’est vivre un dilemme permanent. Comment accélérer aussi vite que les États-Unis tout en régulant aussi fermement que l’exige l’Union Européenne ?
Clara Chappaz se trouve au cœur de cette tension, coincée entre le marteau de l’innovation débridée et l’enclume de l’AI Act.
L’AI Act est-il un frein ou un bouclier selon elle ?
Lors de son intervention remarquée sur LCP en janvier 2025, Clara Chappaz a clarifié une doctrine souvent mal comprise.
Alors que beaucoup d’investisseurs tech critiquent l’Europe comme étant le continent de la « régulation punitive », elle retourne l’argument avec habileté.
Pour elle, la régulation n’est pas un frein, c’est un avantage compétitif de marque.
Son pari est le suivant : les entreprises (notamment les banques, les hôpitaux, les industries critiques) finiront par préférer des IA « Made in Europe », certifiées conformes, transparentes et respectueuses du droit d’auteur, plutôt que des modèles américains opaques.
L’AI Act ne serait donc pas un boulet, mais un label qualité « CE » qui rassure le marché mondial.
Cependant, elle reste lucide. Elle s’est battue en coulisses pour que la régulation ne tue pas les champions naissants comme Mistral AIou H (Holistic). Sa ligne rouge ? Ne pas réguler la recherche fondamentale, mais uniquement les usages à haut risque.
Quelle est sa vision de la souveraineté numérique ?
Le mot « souveraineté » est souvent galvaudé, mais Clara Chappaz lui donne une définition très technique. Pour elle, la souveraineté ne signifie pas « fermer les frontières », mais « avoir le choix ».
- L’indépendance des infrastructures : elle soutient massivement le développement de cloud souverains (comme NumSpot) pour héberger les modèles d’IA. Si nos modèles tournent sur des serveurs Amazon ou Microsoft, la souveraineté est une illusion.
- Le soutien à l’Open Source : c’est une divergence majeure avec la vision fermée d’OpenAI (Sam Altman). Clara Chappaz défend l’Open Source (modèles dont le code est accessible) comme le seul moyen pour la France de ne pas être captive d’un monopole technologique étranger. C’est une vision démocratique de la tech : le savoir doit circuler pour innover.
[Relations transatlantiques] Clara Chappaz défend l’approche européenne, et ses entreprises, face aux assauts américains https://t.co/5yFxf5XwXr
— Contexte Tech (@ContexteTech) December 22, 2025
Quel est le style de leadership de Clara Chappaz ?
Au-delà des plans et des lois, le « style Chappaz » détonne dans le paysage politique français. Décrite par ses proches et la presse comme une personnalité « calme mais déterminée », elle tranche avec le style parfois flamboyant ou agressif de certains prédécesseurs.
- La Méthode « Data-Driven » : elle ne gouverne pas à l’intuition, mais à la donnée. Chaque mesure du plan Osez l’IA est pilotée par des KPI (indicateurs de performance) précis. C’est l’héritage de ses années Harvard et Vestiaire Collective.
- La Diplomatie Tech : elle est l’une des rares figures capables de parler le langage d’un développeur Python le matin et celui d’un sénateur l’après-midi. Cette capacité de traduction est son atout maître pour éviter que la régulation ne soit déconnectée de la réalité technologique.
Clara Chappaz n’est pas là pour inaugurer des chrysanthèmes ou couper des rubans. Elle est en mission commando pour mettre à jour le système d’exploitation de l’économie française.
Son pari est risqué. Si le plan « Osez l’IA » échoue, la France restera un magnifique musée technologique, capable de former des génies qui partiront travailler en Californie.
Si elle réussit, elle aura transformé la France en une puissance numérique hybride, capable de marier l’innovation de rupture et l’éthique européenne.
L’histoire nous dira si elle a eu raison, mais une chose est sûre en 2025 : la France a enfin une pilote dans l’avion.
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