Portée par la présentation de son agent conversationnel DeepSeek, la Chine entend combler son retard sur les États-Unis dans l’intelligence artificielle. Pékin multiplie les investissements et soutient ses géants technologiques, malgré les restrictions américaines sur les puces Nvidia.
Depuis janvier, la Chine vit au rythme de l’« effet DeepSeek ». L’entreprise à l’origine du chatbot éponyme, un concurrent crédible de ChatGPT, symbolise une nouvelle confiance technologique. Pékin y voit l’occasion rêvée d’accélérer son indépendance en matière de semi-conducteurs et d’intelligence artificielle. Une réponse directe aux restrictions imposées par Washington, notamment sur les puces Nvidia.
Pékin mise sur ses champions nationaux pour contourner les sanctions américaines
La Chine a déclenché un vaste mouvement stratégique pour combler son retard dans les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle. Le gouvernement de Pékin multiplie les investissements publics en soutien à ses acteurs technologiques clés, afin de répondre aux sanctions décrétées par les États-Unis.
En particulier, les restrictions imposées par Washington à l’égard de Nvidia — notamment l’interdiction d’exporter certaines puces vers la Chine — ont offert à Pékin un motif et une opportunité de redéploiement.
Ainsi, la firme chinoise Cambricon, partiellement publique, voit son action doubler depuis l’été, après une multiplication par plus de quatre en 2024. Cette flambée traduit la confiance des investisseurs dans la capacité de la Chine à produire ses propres puces pour IA, et à contester indirectement la suprématie américaine.
Parallèlement, le géant du e-commerce Alibaba s’engage sur un plan d’investissements massif : 46 milliards d’euros annoncés en septembre dans l’infrastructure IA et un nouveau modèle d’IA. Ce soutien de l’État et des mastodontes technologiques reflète la volonté de Pékin de cultiver ses « champions nationaux » pour s’affranchir des chaînes de dépendance occidentales.
L’effet DeepSeek dope les géants chinois et les marchés
Ce souffle nouveau porte un nom : l’« effet DeepSeek ». Depuis la présentation, le 20 janvier 2025, de l’agent conversationnel chinois éponyme, la dynamique boursière en Chine s’est emballée. Jugé aussi performant et moins coûteux que le rival américain ChatGPT, DeepSeek symbolise un tournant technologique pour Pékin.
Le terme évoque un regain d’optimisme quant à la capacité de la Chine à rattraper son retard technologique. Les marchés réagissent, les entreprises actives dans l’IA locale profitent d’une ferveur renouvelée. Cambricon et Alibaba incarnent ce nouvel engouement. Leurs parcours illustrent comment l’effet DeepSeek alimente non seulement l’ambition industrielle, mais aussi l’appétit des investisseurs.
Ce phénomène marque une rupture : alors que la croissance économique chinoise ralentit, certaines valeurs technologiques continuent de s’envoler. La restriction des exportations de puces américaines a donc stimulé la création et l’expansion d’alternatives internes. En d’autres termes, les sanctions deviennent moteur d’innovation locale.
Le pari chinois : innover pour s’affranchir des puces américaines
Le défi de Pékin est évident, mais d’une ampleur considérable. Il ne s’agit plus seulement de rattraper les États-Unis, mais de bâtir une autonomie technologique durable. La dépendance historique aux puces américaines, notamment celles de Nvidia, représente une vulnérabilité stratégique. En riposte, la Chine mise sur une chaîne complète de production, du design à la fabrication de puces IA.
Cette stratégie s’inscrit dans une vision de souveraineté technologique : renforcer les infrastructures internes, multiplier les investissements en R&D, et héberger les données, les modèles et les services sur le sol national.
L’ambition est de devenir un acteur global de l’IA indépendant des contraintes occidentales.
À terme, le pari pourrait porter ses fruits. Si Cambricon parvient à rivaliser, même partiellement, avec Nvidia, et si Alibaba et d’autres géants exécutent leurs plans d’investissement, la carte technologique mondiale pourrait se redessiner.
Dans ce bras de fer sino-américain, l’IA et les puces deviennent des armes d’influence mondiale, non seulement économique, mais géopolitique.
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