Paolo Ardoino, PDG de Tether, alerte sur quatre failles structurelles fragilisant le boom de l’IA chez les géants technologiques.
Le 4 juillet, Paolo Ardoino a averti que la course aux infrastructures de l’intelligence artificielle repose sur des bases économiques fragiles. Selon lui, quatre déséquilibres majeurs menacent ce secteur : les coûts, les revenus, les délais de rentabilité et la concurrence. Cet avertissement intervient alors que les investissements mondiaux dans l’IA atteignent des niveaux records, dans un contexte de doutes croissants sur les marchés financiers.
Pourquoi les entreprises facturent-elles l’IA à un prix trop bas ?
Parce que, au cœur des actuelles transformations numériques, les entreprises subventionnent elles-mêmes une partie des coûts de calcul pour attirer rapidement de nouveaux clients. Elles souhaitent en effet afficher une forte croissance aux yeux des investisseurs selon les propos Paolo Ardoino. Cette stratégie repose pourtant sur un modèle économique fragile. Les tarifs qui augmentent incitent les utilisateurs à limiter leurs consommations. Cette situation oblige les fournisseurs à maintenir des prix bas et à sacrifier leurs marges de profit.
Tether CEO Paolo Ardoino says AI giants are spending unsustainably on infrastructure while margins shrink, profits stay delayed and open-source competition grows. pic.twitter.com/ou4w1AkAzp
— Crypto Town Hall (@Crypto_TownHall) July 5, 2026
Les bénéfices de l’IA tardent-ils à se concrétiser ?
Oui, selon Ardoino. Les grandes entreprises de technologies consacrent d’importants investissements pour le déploiement de l’IA en ce moment. Les bénéfices de l’IA ne se manifestent que plus tard. Les centres de données et les processeurs graphiques nécessitent pourtant des fonds, qui restent bloqués pendant plusieurs années.
Un décalage se crée ainsi entre les dépenses assumées maintenant et les retombées commerciales attendues dans un futur incertain. Plus cet écart se creuse, plus les entreprises devront démontrer que l’IA peut devenir une source de revenus durable. Sans cela, les investisseurs pourraient revoir leurs attentes à la baisse et redéfinir les valorisations actuelles du secteur.
Des infrastructures rapidement obsolètes face à une concurrence croissante
Les puces dédiées à l’IA, par exemple, tiennent rarement plus de trois à cinq ans avant de devenir obsolètes. Le problème, c’est que leur financement s’étale souvent sur des durées bien plus longues, parfois plus de dix ans. Les entreprises risquent de devoir remplacer un matériel coûteux alors que le financement n’est même pas encore amorti. Il faut aussi prendre en considération la montée en puissance des modèles open source.
Ceux-ci progressent vite et pourraient peser sur les marges des fournisseurs commerciaux d’IA. Il se peut que les fournisseurs ne peuvent plus fixer leurs prix à long terme. Dans cette course pour la première puissance mondiale de l’IA, la concurrence devient donc plus rude. Ce qui complique d’autant la rentabilité des investissements consentis par les géants du secteur.
Les marchés partagent-ils cette inquiétude ?
Oui. L’alerte lancée par Ardoino s’inscrit dans un débat plus élargi. Cela touche même les marchés financiers. Des fonds spéculatifs chinois, dont Wealspring Asset et Shanghai Banxia Investment Management Center, évoquent une possible « super bulle » sur les actions mondiales liées à l’IA. Les dépenses mondiales dans l’IA pourraient atteindre 5 500 milliards de dollars d’ici 2030, prévient JPMorgan.
Alphabet, la maison mère de Google, ainsi qu’Amazon, Meta et Microsoft, devraient investir jusqu’à 720 milliards de dollars dans l’IA cette année. En octobre 2025, la Banque d’Angleterre avait déjà comparé ces valorisations à celles de la bulle Internet de la fin des années 1990. Morgan Stanley reste toutefois plus optimiste. Il anticipe même près de 3 000 milliards de dollars d’investissements dans les infrastructures IA d’ici 2028.
- Partager l'article :
