L’intelligence artificielle n’est plus réservée aux géants de la tech. Elle s’invite désormais dans les TPE et PME françaises pour booster leur efficacité. Cependant, un obstacle de taille freine cette adoption : l’inquiétude autour de la confidentialité. Pour Jean-François Deldon, fondateur de Yakadata, la réussite de l’IA dans ces structures dépend moins du volume de données que d’un cadre fondé sur la confiance et la transparence.
Un expert du terrain au service de la transformation
Le regard de Jean-François Deldon ne vient pas de la théorie, mais d’une solide expérience industrielle. Après 11 ans chez Michelin, où il a piloté la transformation digitale et l’audit pour des milliers de collaborateurs, il a choisi de mettre son expertise au profit des plus petites structures.
Aujourd’hui, via Yakadata et en tant qu’ambassadeur du plan national « Osez l’IA », il accompagne une quarantaine de PME et TPE dans des secteurs variés. Cela va du bâtiment à la gestion de patrimoine. Son constat est clair : la technologie doit se mettre au service de l’humain, et non l’inverse.
Le pragmatisme comme levier d’adhésion
Pour intégrer l’IA sans brusquer les équipes, l’approche doit être avant tout concrète. Jean-François Deldon privilégie le prototypage rapide. Plutôt que de s’enliser dans de longs cahiers des charges coûteux, il préconise la création de démonstrateurs basés sur les propres documents de l’entreprise.
Cette méthode de co-construction permet de prouver l’utilité directe de l’outil en quelques jours seulement. En ciblant les tâches répétitives où le gain de temps est immédiat, l’expert transforme une crainte technologique en une adhésion naturelle des collaborateurs.
Le défi de la souveraineté et du coût
La question de la confidentialité demeure le principal point de blocage. Selon le baromètre France Num, 30 à 40 % des entreprises hésitent à franchir le pas. Elles redoutent, en effet, que leurs informations stratégiques n’alimentent des modèles publics.
Le choix de l’infrastructure est donc stratégique. Des outils comme ChatGPT peuvent être attractifs par leur faible coût dû à la mutualisation des serveurs. Jean-François Deldon, lui, oriente les petites entreprises aux besoins plus sensibles vers des acteurs comme Azure (pour l’écosystème Microsoft 365). Elles peuvent aussi miser sur des solutions européennes telles qu’OVH et Scaleway. L’objectif est de trouver le juste équilibre : utiliser des outils standards pour la veille publique et réserver des serveurs sécurisés pour les données critiques.
Établir une gouvernance claire et lisible
Adopter l’IA demande de la rigueur sans pour autant créer une bureaucratie étouffante. Pour l’expert, la réglementation (RGPD, AI Act) gagnerait à être simplifiée. Cela peut se faire, par exemple, via des pictogrammes de conformité clairs pour les dirigeants.
En interne, le secret d’une bonne gouvernance réside dans la catégorisation des informations. Il est inutile de donner des consignes floues comme « ne mettez pas de données confidentielles ». Il faut être spécifique : proscrire explicitement le dépôt de comptes rendus de comités exécutifs, de brevets ou de dossiers RH sur des outils non sécurisés. L’utilisation des versions professionnelles payantes reste également un rempart indispensable. Elles garantissent contractuellement que les données ne seront pas réutilisées pour l’entraînement des modèles.
Vigilance humaine face aux menaces « augmentées »
Enfin, il ne faut pas oublier que l’IA apporte des risques inédits. Les tentatives de phishing et de fraudes au virement deviennent de plus en plus sophistiquées grâce aux deepfakes vocaux ou visuels. Face à ces manipulations, la technologie seule ne suffit plus.
Jean-François Deldon insiste sur la nécessité de cultiver une culture du doute positif. Pour lui, toute procédure ou demande inhabituelle doit désormais déclencher une validation humaine systématique. Paradoxalement, plus l’entreprise automatise ses processus, plus elle doit renforcer la vigilance et le discernement de ses collaborateurs.
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