Une étude d’Harvard révèle que l’IA réduit de 22 % les embauches de juniors. Chloé Duteil alerte : le recrutement se tourne vers les seniors. Les jeunes talents, eux, restent sur le bord du chemin.
Le marché du travail vit une mutation silencieuse mais profonde. Selon Chloé Duteil, fondatrice de Stlar, l’automatisation ferme progressivement les portes aux jeunes diplômés. Les recruteurs privilégient désormais des profils aguerris, capables d’exploiter l’IA avec recul et expertise. Cette dynamique, confirmée par une étude de Harvard, interroge sur la pérennité de la relève en entreprise.
L’IA, un frein à l’apprentissage des jeunes
Les chiffres de Harvard frappent fort : les postes d’entrée de carrière, historiquement tremplins vers l’expérience, disparaissent peu à peu. La raison ? L’IA se substitue précisément aux tâches habituellement confiées aux débutants : rédaction de notes, synthèses, reporting ou encore recherches préparatoires. Autant d’activités qui permettaient aux jeunes diplômés de se former en situation réelle. « L’IA automatise les tâches qui sont assignées aux jeunes en début de carrière », observe Chloé Duteil, entrepreneure dans le conseil en data et IA. Une évolution qui soulève une interrogation : comment construire des parcours d’apprentissage solides si les premières étapes se dérobent ?
Les seniors, mieux armés pour tirer profit de l’IA
L’étude met aussi en lumière une fracture générationnelle. Les profils expérimentés profitent directement de la révolution technologique. Habitués aux logiques métiers, ils savent poser les bonnes questions aux outils, challenger les résultats et enrichir les modèles avec une documentation pertinente. À l’inverse, les juniors risquent d’être tentés de s’en remettre trop vite à la machine. Cette dépendance prématurée menace leur capacité à développer des compétences critiques : structurer une pensée, affiner une analyse, ou simplement apprendre à résoudre des problèmes sans filet technologique. « Ce sont les profils expérimentés qui tirent le plus de valeur de l’IA », insiste Duteil. Cela rappelle que l’outil accentue les écarts plutôt qu’il ne les comble.
Une responsabilité collective pour préparer la relève
Le constat dépasse les seuls parcours individuels. Si les jeunes n’accèdent plus à des expériences fondatrices, c’est la capacité des entreprises à renouveler leurs équipes qui s’en trouve compromise. Sans relève, l’équilibre du corps social s’affaiblit, ce qui menace la cohésion et la dynamique interne. Pour éviter cet effet ciseau, plusieurs leviers existent. Les entreprises doivent inventer de nouvelles formes d’apprentissage : missions courtes et concrètes, immersion rapide dans différents services, et surtout un mentorat actif. Valoriser les seniors dans leur rôle de transmission devient essentiel.
La coopération avec les écoles, l’adaptation des stages et la mise en place de parcours internes intensifs figurent également parmi les solutions avancées. « Ce que l’automatisation fait gagner en productivité doit aussi servir à développer les compétences », rappelle l’experte. En réalité, la question n’est pas seulement économique, elle est sociale. Investir dans les juniors aujourd’hui, c’est garantir la solidité des compétences collectives et préserver la cohésion du monde du travail. L’étude de Harvard ne sonne pas une fatalité, mais un avertissement. Aux entreprises désormais de transformer cette alerte en opportunité de repenser leurs pratiques de recrutement et de formation.
À propos de l’autrice de la tribune :
Chloé Duteil est fondatrice de Stlar et entrepreneure dans le conseil en DATA & IA. Elle accompagne de grandes entreprises françaises dans leurs projets de transformation numérique.
Article basé sur un communiqué de presse reçu par la rédaction.
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