Une grande enquête économique publiée en mai 2026 révèle que la France s’est hissée sur la première marche du podium européen pour les investissements étrangers dans l’intelligence artificielle au cours de l’année écoulée. Propulsé par son électricité nucléaire décarbonée et une multiplication des data centers, l’Hexagone devance désormais le Royaume-Uni en nombre de projets.
Toutefois, cette victoire cache une fragilité structurelle majeure. La France s’impose comme le bras armé industriel de l’Europe en captant les infrastructures physiques. Mais elle laisse à ses rivaux britanniques les laboratoires de recherche avancée à forte valeur ajoutée, le tout sur fond de crise globale des investissements sur le continent.
L’IA tricolore distance ses rivaux
L’étude d’EY s’appuie sur l’European Investment Monitor (EIM), une base de données historique qui recense depuis 1997 les implantations et extensions de firmes étrangères dans 47 pays européens.
Pour garantir la fiabilité des données, le baromètre ne comptabilise que les annonces publiques de projets réellement créateurs d’emplois (bureaux, centres de R&D, data centers, sites industriels) et exclut les seuls flux financiers.
À ce jeu, la France surclasse nettement ses voisins en volume de dossiers liés à l’IA avec 53 projets d’investissements étrangers. Soit une hausse de +26 % en un an. Suivi de près par le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Allemagne et le Portugal, avec respectivement 36, 28, 27 et 23 projets.
Au-delà de l’IA, la dynamique se confirme sur l’ensemble de la filière numérique : la France conserve sa place de première destination européenne pour la tech et le logiciel avec un total de 104 projets recensés.
Des usines à serveurs plutôt que des laboratoires
Si les chiffres bruts flattent l’ego national, l’analyse qualitative incite à une prudence immédiate.
Le rapport EY évite tout triomphalisme et souligne que le leadership français repose avant tout sur l’hébergement physique des données.
En effet, 36 % des projets d’IA implantés en France concernent des data centers, contre à peine 14 % au Royaume-Uni.
L’Hexagone profite alors d’atouts structurels massifs et difficilement imitables à court terme. Dont une électricité décarbonée et compétitive grâce au parc nucléaire. Mais aussi des réserves foncières encore disponibles pour de grands complexes industriels et une position géographique centrale dans le réseau cloud européen.
🚨 Que faut-il retenir du sommet de l'IA à Paris ?
En France :
👉 109 milliards € d'investissements privés
👉 50 milliards € des Émirats pour un campus IA
👉 35 data centers sur 1200 hectares prévu dès 2027
En Europe :
👉 Plan de 200 milliards € (50 de fonds UE, 150 de… pic.twitter.com/hc58qKkQTp— MoneyRadar (@MoneyRadar_FR) February 12, 2025
Cette attractivité matérielle séduit de grandes signatures de la tech qui posent leurs valises sur le territoire. Le créateur de Claude, Anthropic, a ainsi ouvert des bureaux à Paris (ainsi qu’à Munich) pour piloter son expansion européenne.
Le géant japonais Rakuten y implante également un centre technologique. Tandis que Manpower a annoncé la création d’un hub dédié à l’IA appliquée aux ressources humaines au cœur du quartier de La Défense.
Mais malgré un volume de projets inférieur, le Royaume-Uni continue de surclasser la France sur les activités stratégiques, la recherche fondamentale et le développement technologique pur.
Heureusement, la perception des cadres internationaux évolue positivement : 46 % des dirigeants interrogés considèrent désormais la France comme plus attractive que ses concurrents directs pour l’innovation et le déploiement de l’IA.
Un signal d’alarme dans un contexte européen dégradé
La performance de l’écosystème IA français est d’autant plus singulière qu’elle s’inscrit dans un climat économique global particulièrement morose sur le vieux continent.
Les investissements étrangers globaux ont reculé de 17 % en France et de 7 % à l’échelle de l’Europe. Plus inquiétant encore, les emplois générés par ces capitaux extérieurs ont chuté de 25 % sur le continent, touchant leur plus bas niveau depuis plus d’une décennie. Dans cette tempête, seuls de rares secteurs stratégiques progressent : l’IA, la défense, l’énergie bas carbone et la logistique d’infrastructure.
Par ailleurs, la confiance des investisseurs est mise à rude épreuve par l’instabilité institutionnelle. 69 % des cadres dirigeants n’anticipent aucune normalisation de la situation politique et économique en France avant deux à trois ans.
Les stratégies d’investissement deviennent de facto plus restrictives, plus sélectives et sous forte contrainte budgétaire. Les atouts français ne peuvent plus être tenus pour acquis.
Les 5 chantiers prioritaires
Pour transformer l’essai, passer de l’infrastructure à la valeur technologique et rassurer les marchés, les décideurs internationaux fixent une feuille de route claire aux pouvoirs publics français. Voici leurs attentes prioritaires pour renforcer l’attractivité :
- Infrastructures technologiques (45 %) : poursuivre la modernisation des réseaux et des capacités d’accueil.
- Standards éthiques (42 %) : promouvoir un cadre de confiance pour un usage responsable de l’IA.
- Accès au capital (39 %) : faciliter le financement des entreprises en phase d’hyper-croissance (scale-ups).
- Compétences et talents (36 %) : renforcer massivement la formation technique de la main-d’œuvre.
- Simplification réglementaire (31 %) : alléger les contraintes administratives liées à l’IA et à ses implantations physiques.
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