L’heure de vérité financière a sonné pour les rois de l’intelligence artificielle. OpenAI et Anthropic s’élancent dans une course contre la montre effrénée pour s’introduire en Bourse dès septembre 2026. Mais derrière les valorisations à donner le tournis, se cache une nécessité absolue : capter les milliards des investisseurs tant que l’euphorie est à son comble, avant que le marché ne commence à exiger des comptes.
C’est une séquence boursière totalement inédite qui se prépare pour l’automne. Portés par l’élan de SpaceX (récemment fusionné avec xAI), OpenAI et Anthropic précipitent leur introduction en Bourse (IPO).
Mais pourquoi une telle urgence ? Qu’est-ce que ce virage va concrètement changer pour ces laboratoires ? Et quels risques dissimulent leurs modèles économiques ?
Cette bascule intervient dans un contexte d’euphorie boursière absolue autour des technologies génératives, où la moindre annonce fait s’envoler les cours de dizaines de milliards de dollars.
Face à cette bulle qui ne demande qu’à grandir, la transparence imposée par les marchés publics s’apprête à agir comme un violent révélateur de la santé financière réelle des laboratoires.
Entrer en Bourse : lever le voile sur le mécanisme de l’« Exit »
Qui détient le capital de ces géants ?
Pour bien comprendre l’enjeu titanesque de cette rentrée boursière, il faut d’abord disséquer à qui appartiennent aujourd’hui ces géants de l’intelligence artificielle.
Trois entitése partagent actuellement le capital de ces structures. Dont les fondateurs historiques, les employés et les fonds de capital-risque qui injectent des sommes colossales lors de chaque levée de fonds privée.
Comme le souligne Jérôme Marin, fondateur de la newsletter Cafétech :
« Quand on lance une entreprise comme ça, à un moment, il faut faire ce qu’on appelle un exit : il faut que les gens qui ont acheté des actions puissent les revendre. Les investisseurs, les employés et les fondateurs s’ils le souhaitent. L’une des façons de le faire, c’est d’entrer en Bourse ».
Comment fonctionnent les actions sur le marché ?
En pratique, l’entreprise va créer de nouvelles actions pour les placer sur le marché public, mais elle n’y mettra jamais la totalité de son capital.
C’est ce que la finance appelle le capital flottant. Cela signifie que même si le grand public ou des fonds institutionnels achetaient toutes les actions disponibles sur les marchés financiers, ils ne détiendraient qu’une portion minoritaire de l’entreprise.
Une autre subtilité majeure réside dans l’interdiction de vente immédiate pour les acteurs historiques.
Les premiers investisseurs sont ainsi soumis à une période dite de lock-up. C’est-à-dire qu’ils ont interdiction stricte de revendre leurs parts avant un certain délai, qui s’étend généralement de six mois à un an après l’introduction.
Le lexique financier de l’introduction en Bourse
| Terme Boursier | Définition Simple | Enjeu pour OpenAI & Anthropic |
| Exit | Sortie financière permettant aux actionnaires de récupérer leur mise. | Vital pour récompenser les employés et les fonds de capital-risque. |
| Capital flottant | Part des actions de l’entreprise réellement échangeable en Bourse. | Permet de lever des fonds massifs sans perdre le contrôle de la société. |
| Lock-up | Période d’interdiction de vente pour les actionnaires historiques. | Évite une baisse brutale du cours de l’action durant les 6 premiers mois. |
| Multiple | Coefficient appliqué au chiffre d’affaires ou aux profits pour estimer la valeur. | Actuellement hors normes pour l’IA, flirtant avec des ratios spéculatifs. |
| Marge brute d’inférence | Ce qu’il reste des revenus une fois payés les coûts directs des serveurs. | Bloquée à 40 %, c’est le cœur du problème de rentabilité de ces modèles. |
Une machine à cash indispensable pour financer l’infrastructure
La Bourse comme alternative géante aux levées de fonds
Au-delà de permettre aux actionnaires de récupérer leur mise, l’introduction en Bourse reste le levier de financement le plus puissant au monde.
À titre d’exemple, SpaceX s’apprête à récupérer pas moins de 75 milliards de dollars lors de son entrée sur les marchés.
L’intérêt est en effet évident ! Plutôt que d’enchaîner des levées de fonds privées classiques et chronophages auprès de capital-risqueurs, l’entreprise lève une quantité phénoménale d’argent d’un seul coup.
Une fois que la société est cotée en Bourse, sa flexibilité financière devient incomparable. Jérôme Marin cite un exemple particulièrement parlant. Celui de Google qui vient tout juste d’annoncer une augmentation de capital de 80 milliards de dollars. Et lorsque l’on est installé en Bourse, l’opération est d’une simplicité enfantine. Il suffit de remettre de nouvelles actions sur le marché pour renflouer instantanément les caisses.
Le revers de la médaille : le piège de la transparence obligatoire
Cependant, cette manne financière immense possède une contrepartie légale redoutable. L’obligation la plus lourde pour une entreprise cotée est de devoir publier ses résultats financiers précis tous les trois mois.
CA, profits nets, marges opérationnelles, tout doit être étalé au grand jour, suivi d’un appel téléphonique (call) en direct avec les analystes financiers pour répondre à leurs questions les plus pointues.
Aujourd’hui, en tant qu’entreprises non cotées, Anthropic et OpenAI n’ont absolument pas besoin de se plier à cet exercice de transparence totale.
Sam Altman seeing Anthropic file for an IPO before OpenAI with a higher private valuation and higher ARR pic.twitter.com/p4csRFl6H6
— litquidity (@litcapital) June 2, 2026
Pourquoi cette précipitation brutale en septembre 2026 ?
La course au premier entrant : capturer l’argent disponible
Si la rumeur des IPO revient avec autant d’insistance, c’est qu’une accélération brutale s’est opérée dans les agendas.
Nous assistons à une course de vitesse effrénée, en particulier entre Anthropic et OpenAI, pour franchir les portes de Wall Street en premier.
L’enjeu est simple : le premier arrivé s’emparera de la part du lion. L’appétit des investisseurs pour l’IA est certes immense. Mais les liquidités ne sont pas infinies.
Le premier laboratoire coté captera l’essentiel des capitaux disponibles. Ce qui laisse son concurrent face à des perspectives de financement beaucoup plus restreintes.
L’effet SpaceX et la peur de voir la bulle éclater
Selon Jérôme Marin, l’élément déclencheur de ce chamboule-tout n’est autre que SpaceX. On savait depuis longtemps que l’entreprise d’Elon Musk prévoyait son entrée en Bourse.
Or, ces derniers mois, SpaceX a fusionné de manière stratégique avec xAI, précisément pour capitaliser sur la folie médiatique et financière qui entoure l’intelligence artificielle.
Ce mouvement de pionnier a poussé OpenAI et Anthropic à revoir totalement leur copie. Alors qu’on imaginait des introductions pour la fin de l’année 2026, elles auront très probablement lieu dès le mois de septembre.
Cet empressement ravive inévitablement le spectre d’une bulle technologique. Pour le fondateur de Cafétech, « une bulle, par définition, ça dure jusqu’à ce qu’elle explose. Donc ça peut durer longtemps ».
Le marché actuel est dans un état d’euphorie rare, où les actions liées de près ou de loin à l’IA connaissent des croissances stratosphériques.
Les dirigeants de ces laboratoires estiment sans doute que c’est le moment idéal pour sauter le pas, alors que la hype est à son apogée historique.
Pourtant, Jérôme Marin juge certaines valorisations totalement déconnectées des fondamentaux économiques, fustigeant les prévisions de SpaceX :
« Jamais de la vie ça ne peut valoir 1 750 milliards de dollars. Quand on fait une analyse par les multiples, on regarde le chiffre d’affaires, les profits, on multiplie par un coefficient (historiquement autour de 20 fois pour les profits), et on obtient à peu près la valeur de l’entreprise. Là, on est sur des chiffres totalement hors normes ».
Cet emballement irrationnel est parfaitement illustré by une anecdote récente : il a suffi que Jensen Huang (patron de Nvidia) déclare au détour d’une phrase que Marvell serait la prochaine entreprise à franchir la barre des 1 000 milliards de dollars pour que l’action de cette dernière bondisse instantanément de 30 %.
Le vrai test de vérité : le mur des coûts d’inférence
La fin annoncée du contrôle absolu du récit
Dans ce contexte, faut-il s’attendre à ce que le jour de l’introduction en Bourse agisse comme le révélateur de la valeur réelle d’OpenAI ou d’Anthropic ? Pas du tout.
Les analystes prédisent que les premiers jours de cotation se dérouleront sans accroc, portés par l’enthousiasme général, et qu’il ne serait pas surprenant de voir ces entreprises grimper instantanément à des valorisations folles de 2 000 ou 3 000 milliards de dollars.
Le véritable crash-test interviendra en réalité trois, six ou neuf mois plus tard. Car la cotation en Bourse signe l’arrêt de mort d’un avantage précieux pour les laboratoires : la maîtrise absolue du récit.
Actuellement, Anthropic et OpenAI contrôlent leur communication financière en faisant fuiter exclusivement les indicateurs qui les arrangent.
Demain, face aux régulateurs des marchés, ce jeu de cache-cache sera terminé et le monde entier aura un accès direct à leurs livres de comptes, une perspective délicate pour OpenAI qui a accumulé de lourdes pertes historiques pour entraîner ses modèles.
Le gouffre financier du fonctionnement des serveurs
Un indicateur financier précis va centraliser toutes les attentions des gestionnaires de fonds : la marge brute sur l’inférence, c’est-à-dire le coût direct nécessaire pour faire tourner et répondre aux requêtes des modèles d’IA.
Aujourd’hui, cette marge oscille autour de 40 %, un niveau extraordinairement faible pour le secteur du logiciel (les entreprises de SaaS traditionnel affichent habituellement des marges supérieures à 80 %).
Concrètement, cela signifie que sur 100 euros déboursés par les clients, 60 euros s’évaporent instantanément dans les frais de serveurs, d’électricité et d’infrastructure cloud, avant même d’avoir versé le moindre centime pour les salaires des ingénieurs, le marketing ou l’entraînement des futurs modèles. C’est ici que se joue la viabilité de tout leur modèle économique.
D’où l’avertissement final de Jérôme Marin, qui résume parfaitement le défi titanesque qui attend les deux rivaux à Wall Street :
« Il ne faut pas qu’un OpenAI ou un Anthropic soit juste rentable : il faut qu’ils soient très, très rentables. »
Ces laboratoires ont brûlé des montagnes de cash pour concevoir leurs technologies. À partir de septembre 2026, ils devront prouver de manière chiffrée, rigoureuse et indiscutable, trimestre après trimestre, que ces dépenses astronomiques valaient la peine d’être conseillées.
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