Les entreprises françaises investissent davantage dans l’intelligence artificielle, mais leurs collaborateurs ne seraient pas suffisamment préparés à l’utiliser. Selon une enquête de OneStream, 70 % des cadres financiers français craignent que ce retard compromette la pertinence de leur organisation dans les cinq prochaines années.
L’adoption de l’intelligence artificielle ne dépend pas uniquement des logiciels achetés ou des budgets engagés. Elle suppose aussi des salariés capables de comprendre les résultats produits, de vérifier les données utilisées et de remettre en question les recommandations automatisées.
L’enquête publiée par OneStream révèle d’ailleurs un décalage entre les ambitions technologiques des entreprises et leur préparation humaine. Les premiers gains sont déjà visibles, certes. Mais les directions financières redoutent que l’absence de compétences et de gouvernance limite leur portée.
La maîtrise de l’IA devient une priorité pour les directions financières
La préparation des collaborateurs apparaît comme le principal point de fragilité des directions financières françaises, selon OneStream.
Parmi les responsables interrogés en France, 82 % considèrent la maîtrise de l’IA comme un besoin prioritaire de montée en compétences. Cette proportion dépasse celle observée aux États-Unis, où elle atteint 70 %, et au Royaume-Uni, avec 73 %.
Ce résultat montre que les équipes financières ne peuvent plus se limiter à savoir utiliser un tableur ou un logiciel de gestion. Elles doivent aussi comprendre le fonctionnement des outils d’IA, leurs limites et les conditions dans lesquelles leurs résultats peuvent être exploités.
La montée en compétences ne concerne donc pas seulement les spécialistes de la donnée. Elle touche les collaborateurs chargés des prévisions, de la planification, du contrôle financier ou de l’analyse des performances.
Sans cette préparation, les entreprises risquent d’installer des outils puissants sans disposer des connaissances nécessaires pour les superviser.
Les stratégies RH restent en retard sur les ambitions technologiques
Seulement 61 % des cadres financiers français estiment que la stratégie de ressources humaines de leur entreprise correspond à ses ambitions en matière d’intelligence artificielle.
La France se situe ici derrière les États-Unis, où cette proportion atteint 68 %, et le Royaume-Uni, avec 73 %. Même dans ces deux pays, l’alignement reste toutefois loin d’être total.
Ce décalage peut prendre plusieurs formes. Une entreprise peut investir dans une plateforme sans prévoir de formation suffisante. Elle peut aussi demander aux salariés d’intégrer l’IA à leurs processus sans redéfinir les responsabilités, les contrôles ou les critères de validation.
89 % des entreprises utilisent l’IA. Mais seulement 6 % déclarent en tirer au moins 5 % de résultat d’exploitation supplémentaire. Les salariés gagnent du temps, les comptes des entreprises beaucoup moins. Le problème n’est plus seulement d’adopter l’IA, mais de réinventer la façon de travailler. Episode disponible sur Youtube et en podcast : 📺 https://t.co/zrNDvEcHeZ 🎧 https://t.co/5IClVtOkBU
— Silicon Carne (@siliconcarnesf) October 30, 2026
Les conséquences pourraient devenir importantes à moyen terme. Sept répondants français sur dix craignent que le manque de préparation des équipes compromette la pertinence de leur organisation d’ici cinq ans.
L’enjeu dépasse donc le simple gain de productivité. Une entreprise qui ne développe pas les compétences de ses collaborateurs pourrait perdre sa capacité à interpréter ses propres données et à prendre des décisions suffisamment fiables.
La qualité des données reste aussi déterminante que la technologie
La formation ne constitue qu’une partie du problème. Les directions financières s’inquiètent également de la maîtrise et de la traçabilité des données utilisées par les systèmes d’IA.
Tom Shea, fondateur et directeur général de OneStream, alerte sur le risque d’automatiser des analyses incorrectes à grande échelle. Selon lui, « les équipes qui ne sont pas en mesure de retracer l’origine de leurs données ou de remettre en question les résultats produits par l’IA risquent d’automatiser des décisions erronées à l’échelle de l’entreprise ».
Un modèle peut en effet produire une réponse convaincante à partir de données incomplètes, anciennes ou mal structurées. Plus son résultat est intégré rapidement à un processus financier, plus une erreur peut se diffuser dans les prévisions ou la planification.
Pour Tom Shea, le retour sur investissement dépendra donc d’un équilibre plus large : « Les organisations qui obtiendront un retour sur investissement seront celles qui investiront autant dans leurs collaborateurs et leurs données que dans la technologie elle-même ».
Des gains déjà mesurables malgré les inquiétudes
Les entreprises françaises ne rejettent pas pour autant l’intelligence artificielle. 85 % des répondants déclarent déjà constater des améliorations mesurables, notamment dans la prévision et la planification.
Ce niveau de confiance dépasse celui observé au Royaume-Uni, où 76 % des personnes interrogées signalent des gains, et aux États-Unis, avec 75 %.
Ces résultats montrent que l’IA commence à produire de la valeur dans les directions financières. Mais ils confirment aussi que les bénéfices techniques ne suffisent pas à garantir une transformation durable.
Les entreprises devront désormais renforcer simultanément la formation des équipes, la gouvernance des données et la supervision humaine. Sans ces trois éléments, l’automatisation pourrait accélérer les processus sans améliorer la qualité des décisions.
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