C’est l’entreprise la plus clivante de la Silicon Valley. CoreWeave, l’ancien mineur de crypto devenu le cloud favori de l’IA, est accusé de bâtir un château de cartes financier basé sur des accords circulaires. Son PDG, Michael Intrator, n’en a que faire et qualifie ces pratiques douteuses de « collaboration ». Génie incompris ou fuite en avant dangereuse ?
L’année 2025 restera gravée comme une épopée chaotique pour CoreWeave. En mars, l’entreprise a réalisé l’une des introductions en bourse les plus attendues de la décennie.
Depuis, le titre se comporte comme une meme stock, ces actions virales chéries des boursicoteurs d’internet mais redoutées des investisseurs sérieux.
Lancée à 40 dollars, l’action a flambé jusqu’à 150 dollars dans une euphorie spéculative, avant de s’écraser lourdement pour stagner aujourd’hui autour de 90 dollars.
Mais au-delà de ces montagnes russes boursières, c’est la structure même du business de CoreWeave qui fait trembler les analystes financiers. L’entreprise est au cœur de ce que les critiques appellent les accords circulaires de l’IA.
L’argent tourne en rond : génie ou arnaque ?
Le principe est simple, trop peut-être. Nvidia investit massivement dans CoreWeave. Et CoreWeave utilise cet argent pour acheter des puces… à Nvidia.
Nvidia enregistre alors ces achats comme du chiffre d’affaires, ce qui fait monter son action, et réinvestit potentiellement dans CoreWeave. L’argent circule en vase clos, gonflant artificiellement les valorisations de tout le monde.
Interrogé mardi dernier lors du sommet Fortune Brainstorm AI à San Francisco, le PDG Michael Intrator n’a montré aucun signe de remords face à ces accusations.
Pour lui, ces accords ne sont pas des magouilles, mais de la collaboration. « Les entreprises tentent de faire face à une évolution brutale de l’offre et de la demande », a-t-il justifié.
Selon lui, le secteur de l’IA est si nouveau et si violent qu’il nécessite de réinventer les règles du capitalisme traditionnel.
🦔The AI sector is generating $60 billion in revenue against $400 billion in spending this year, with the gap filled by circular financing and off-balance-sheet debt. CoreWeave exemplifies this: the company uses Nvidia's money to buy Nvidia's chips and rents them back to Nvidia… pic.twitter.com/FKLC5lD9Bl
— Hedgie (@HedgieMarkets) December 11, 2025
Vivre à crédit sur le dos des GPU
L’autre inquiétude majeure concerne la dette. CoreWeave ne possède pas seulement des amis riches, elle possède surtout des dettes colossales.
L’entreprise a inventé un nouveau modèle économique audacieux. Elle utilise son immense stock de puces Nvidia H100 comme garantie pour contracter des emprunts massifs.
C’est un pari risqué pourtant puisque si la valeur des puces s’effondre (par exemple à la sortie d’une nouvelle génération), la garantie s’évapore et le château de cartes financier s’écroule.
Or, les marchés ne s’y trompent pas. Lundi dernier, l’annonce d’une nouvelle émission de dette pour financer la construction de data centers a fait plonger l’action de 8 % instantanément.
Les investisseurs commencent désormais à se demander si CoreWeave n’est pas en train de brûler du cash plus vite qu’elle ne pourra jamais en générer.
Une fuite en avant par les acquisitions
Face aux critiques sur son manque de vision à long terme, Michael Intrator répond par une frénésie d’achats.
Pour prouver qu’il n’est pas qu’un simple loueur de serveurs, CoreWeave rachète tout ce qui bouge dans l’écosystème logiciel.
En quelques mois, l’entreprise a avalé Weights & Biases (développement IA), OpenPipe (agents IA), Marimo et Monolith.
Mais était-ce la meilleure stratégie pour devenir incontournable pour Microsoft, OpenAI, le gouvernement et le secteur de la défense américaine ?
En tout cas, CoreWeave espère devenir « too big to fail » (trop gros pour faire faillite). Et de son côté, Intrator blâme le contexte économique difficile et les tarifs douaniers de Trump pour expliquer les turbulences, affirmant être « extrêmement fier » du chemin parcouru.
Reste à voir si Wall Street partagera cette fierté quand l’heure des comptes sonnera.
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