Près de 70 % des dirigeants interrogés dans quatre pays utilisent l’intelligence artificielle moins d’une heure par semaine au travail, tandis que 28 % ne s’en servent jamais. Ce faible usage contraste avec les politiques d’entreprises qui rendent l’adoption obligatoire, l’intègrent aux évaluations et réorganisent déjà leurs effectifs autour des gains attendus.
Les salariés sont sommés d’apprendre à travailler avec l’intelligence artificielle. Leurs dirigeants semblent pourtant encore loin d’en faire un outil quotidien.
Une enquête menée auprès de plus de 6 000 cadres supérieurs aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie révèle ce décalage. Les patrons anticipent d’importants gains de productivité, alors que leurs propres pratiques et les résultats économiques disponibles restent beaucoup plus modestes.
Les dirigeants utilisent moins l’IA que leurs employés
Selon l’étude coécrite par l’économiste de Stanford Nicholas Bloom, près de sept dirigeants sur dix consacrent moins d’une heure par semaine aux outils d’IA dans leur travail. Plus d’un quart, soit 28 % des répondants, déclarent ne jamais les utiliser.
Aux États-Unis, les dirigeants passent en moyenne 1,7 heure par semaine avec ces technologies, contre 1,8 heure pour les employés. La différence est faible, et les deux groupes interrogés ne travaillent pas nécessairement dans les mêmes organisations.
Elle reste néanmoins symbolique. Ceux qui décident des investissements, fixent les objectifs d’adoption et évaluent les salariés ne semblent pas davantage expérimenter les outils qu’ils veulent généraliser.
Cette situation peut aussi limiter leur compréhension des contraintes réelles. Un assistant capable de résumer un document ou de rédiger un e-mail n’offre pas les mêmes garanties pour produire du code, analyser des données sensibles ou prendre une décision commerciale.
Microsoft transforme l’adoption en exigence professionnelle
Chez Microsoft, l’utilisation de l’IA est désormais prise en compte dans certaines évaluations de performance. Une note interne affirmait que son usage n’était plus facultatif, mais essentiel à tous les postes et niveaux hiérarchiques.
Des équipes étudieraient également des indicateurs destinés à mesurer l’utilisation d’outils comme Microsoft Copilot. L’entreprise cherche ainsi à accélérer l’adoption de technologies qu’elle développe et commercialise elle-même.
Cette obligation intervient alors que Microsoft a supprimé environ 4 800 emplois en 2026, principalement dans Xbox et les ventes commerciales. Le groupe n’a établi aucun lien direct entre ces suppressions et l’adoption obligatoire de l’IA.
@unusual_whales The number buried in that piece beats the headline: 90% of executives say AI efforts have yet to translate to productivity gains. Microsoft’s own line is sharper: adding agents to a broken process still leaves a broken process. Enterprise AI is subtraction, not deployment.
— Loong🐉 (@LoongUp) October 30, 2026
Le rapprochement alimente toutefois les inquiétudes des salariés. Ils sont incités à démontrer leur maîtrise d’outils présentés comme indispensables, tout en voyant leurs organisations chercher parallèlement des gains d’efficacité et réduire certains postes.
Comcast mesure déjà une baisse des contacts clients
Comcast présente un cas plus concret. Son directeur financier a indiqué que les outils de service client développés avec Cresta et Sierra avaient réduit d’environ 20 % le volume des contacts.
Le groupe prépare parallèlement une restructuration de son activité câble, dont le coût dépasserait un milliard de dollars. Des suppressions d’emplois sont attendues, sans que Comcast affirme qu’elles visent directement à remplacer des salariés par des agents IA.
L’entreprise a aussi perdu 144 000 abonnés au haut débit pendant son dernier trimestre. La restructuration intervient donc dans un contexte plus large que la seule automatisation.
Cet exemple montre toute la difficulté du débat. Une baisse des appels peut signaler une amélioration du service, une automatisation efficace ou simplement une diminution de l’activité. Attribuer chaque suppression de poste à l’IA serait donc excessif, mais ignorer son rôle dans la réorganisation des équipes le serait tout autant.
Les attentes de productivité dépassent encore les résultats
Les dirigeants interrogés prévoient que l’IA réduira l’emploi de 0,7 % sur trois ans. Les salariés anticipent au contraire une progression d’environ 0,5 %.
Les cadres se montrent aussi beaucoup plus optimistes sur la productivité, avec une hausse attendue de 2,3 % grâce à l’IA. Pourtant, plusieurs études citées dans la source montrent que les bénéfices restent difficiles à démontrer.
Une enquête de Globalization Partners indique que 73 % des dirigeants jugent leur retour sur investissement décevant. Sept sur dix veulent observer de véritables gains cette année, faute de quoi ils envisagent de réduire leurs dépenses.
Des employés constatent pourtant des économies de temps sur la rédaction, la synthèse ou la recherche. Le problème vient du passage entre ce gain individuel et un résultat financier mesurable à l’échelle de l’entreprise.
L’adoption de l’IA n’est donc pas nécessairement une erreur. Mais la rendre obligatoire avant d’avoir défini les usages utiles, les critères de qualité et les gains attendus revient à transformer une expérimentation en politique de gestion. Le véritable test ne sera pas le nombre de salariés utilisant Copilot, mais la valeur créée sans dégrader leur travail ni leur emploi.
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