L’Alliance de la presse d’information générale (APIG) a saisi l’Autorité de la concurrence pour contester le déploiement en France des résumés générés par l’IA de Google. Les éditeurs de presse estiment que ces nouvelles fonctionnalités pourraient réduire fortement le trafic vers leurs sites, sans qu’un accord financier spécifique ait été conclu.
Cette démarche intervient alors que Google a récemment déployé de nouvelles fonctionnalités d’IA dans son moteur de recherche. Pour les éditeurs, leur arrivée soulève des questions sur l’avenir de la visibilité des contenus de presse en ligne.
L’APIG saisit l’Autorité de la concurrence
Le bras de fer entre Google et les éditeurs de presse prend une nouvelle tournure. Mardi 11 août 2026, l’APIG, qui représente près de 300 quotidiens français, a annoncé avoir saisi l’Autorité de la concurrence à Paris. L’organisation demande notamment que Google respecte les règles liées à l’utilisation des contenus de presse dans ses nouveaux outils d’intelligence artificielle.
La contestation porte sur deux fonctionnalités désormais disponibles en France : les « Aperçus IA » (AI Overviews) et le « mode IA », déployés depuis le 22 juillet. Le premier affiche directement une synthèse générée par l’IA au-dessus des résultats classiques. Le second va plus loin en permettant à l’utilisateur de mener une recherche sous la forme d’un échange avec le moteur.
Des réponses IA qui pourraient réduire les visites des médias
Pour les éditeurs, le problème est surtout économique. En fournissant directement une réponse à la question posée, ces fonctionnalités peuvent réduire l’intérêt de cliquer sur les liens proposés dans les résultats. Les articles des médias restent donc utilisés pour produire les réponses de Google, mais pourraient recevoir moins de visites en retour.
L’APIG reproche également à Google d’avoir déployé ces fonctionnalités sans véritable négociation préalable avec les éditeurs concernés. Marc Feuillée, président de l’association et directeur général du groupe Le Figaro, estime notamment que les contenus d’information utilisés par les services d’IA ont une valeur qui doit être prise en compte dans les relations avec Google.
Jusqu’à 38 % de trafic en moins selon les estimations citées par l’APIG
La crainte d’une baisse importante du trafic n’est pas théorique. Selon des estimations de l’Arcom citées par l’APIG, les résumés générés automatiquement pourraient entraîner une diminution de 33 à 38 % de l’audience des sites de presse.
Pour les éditeurs, une telle baisse aurait des conséquences directes sur leurs revenus publicitaires et, plus largement, sur leur modèle économique. Une partie du trafic pourrait rester directement sur Google. L’utilisateur peut obtenir sa réponse sans consulter les sources affichées.
Le précédent des droits voisins
Dans sa démarche, l’APIG s’appuie également sur les engagements pris par Google autour des droits voisins. En 2022, le groupe américain avait conclu des accords avec 450 éditeurs de presse.
La relation entre Google et les autorités françaises s’est toutefois déjà tendue sur ce sujet. En mars 2024, l’entreprise avait écopé d’une amende de 250 millions d’euros pour plusieurs manquements liés à ses obligations en matière de droits voisins.
Le dossier dépasse désormais le cadre français. L’Union européenne a aussi ouvert une enquête en décembre 2025. Les éditeurs veulent davantage de garanties sur l’utilisation de leurs contenus par les plateformes d’IA.
Google affirme avoir adapté son système de rémunération
Google, de son côté, conteste l’idée d’un passage en force. L’entreprise affirme avoir revu son système de rémunération afin de prendre en compte les contenus utilisés dans ses Aperçus IA. Sébastien Missoffe, directeur général de Google France, indiquait également fin juillet que les blocages réglementaires avaient été levés.
Le groupe souligne par ailleurs que les éditeurs disposent toujours d’un moyen technique pour choisir s’ils souhaitent ou non apparaître dans ces nouvelles fonctionnalités. Un argument qui ne suffit toutefois pas à rassurer l’APIG, pour qui l’enjeu dépasse la simple possibilité de retirer ses contenus.
Un nouveau bras de fer autour des contenus de presse
Derrière cette procédure se joue une question plus large. Quelle place et quelle rémunération pour les médias lorsque leurs articles servent directement à alimenter les réponses produites par les moteurs de recherche et les assistants IA ?
Pour les éditeurs français, le problème ne se limite plus à la visibilité de leurs articles dans les résultats de recherche. Ils cherchent désormais à savoir comment leurs contenus seront utilisés dans un environnement où l’IA peut répondre directement aux internautes, sans forcément les inciter à consulter les sites qui ont produit l’information.
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