L’APIG saisit l’Autorité de la concurrence contre Google après le lancement des « AI Overviews » en France le 22 juillet 2026. Ces résumés générés par intelligence artificielle apparaissent directement dans les résultats de recherche et pourraient réduire le nombre de visites vers les sites d’information.
L’Alliance de la presse d’information générale, qui représente près de 300 quotidiens français, conteste notamment les conditions dans lesquelles Google a déployé cette nouvelle fonctionnalité.
Des résumés qui pourraient réduire les clics vers les médias
Avec les AI Overviews, Google affiche une réponse générée par IA au-dessus des résultats de recherche traditionnels. L’utilisateur peut également poursuivre la recherche dans un mode conversationnel, sans forcément avoir besoin de consulter plusieurs pages web.
C’est précisément ce fonctionnement qui inquiète les éditeurs. Si les internautes trouvent directement dans le résumé les informations qu’ils recherchent, ils pourraient être moins nombreux à cliquer. Les liens vers les articles d’origine risquent ainsi de recevoir moins de visites.
Cette inquiétude ne concerne d’ailleurs pas uniquement les médias français. Reddit s’est également inquiété de l’impact des AI Overviews sur le trafic web. Le PDG de l’entreprise américaine estime que les nouveaux résumés de Google n’apportent pas la même valeur que les résultats de recherche traditionnels.
L’Arcom estime que ce type de fonctionnalité pourrait faire baisser le trafic de 33 % à 38 %. Cette estimation s’appuie sur les marchés européens où les résumés IA sont déjà disponibles. En Suisse, par exemple, le service est présent depuis environ seize mois, sans qu’un mécanisme spécifique de rémunération des éditeurs n’ait été mis en place.
Pour les journaux, la question dépasse donc largement celle d’une nouvelle fonctionnalité de recherche. Une baisse importante du trafic peut aussi avoir des conséquences sur les revenus publicitaires, les abonnements et, plus largement, sur la visibilité des contenus de presse.
➡️ L'Apig demande à l'Autorité d'intervenir "pour demander le respect par Google des engagements pris en 2022" car "le déploiement unilatéral de nouveaux usages des contenus de presse, sans autorisation préalable ni rémunération dédiée, méconnaît ces engagements". pic.twitter.com/jJEqgF0OQG
— Agence France-Presse (@afpfr) August 11, 2026
L’APIG conteste les conditions proposées par Google
Les éditeurs reprochent surtout à Google d’avoir lancé les AI Overviews sans véritable négociation préalable ni rémunération spécifique pour les contenus utilisés. Selon l’APIG, Google s’est contenté de proposer une mise à jour du contrat de licence existant. L’autre possibilité aurait consisté à retirer techniquement les contenus concernés, avec à la clé une perte de visibilité dans les résultats de recherche.
Marc Feuillée, président de l’APIG et directeur général du Figaro, critique cette manière de procéder. Il estime que les contenus produits par les médias ont une valeur et que leur utilisation par les nouveaux services d’IA doit donner lieu à une rémunération adaptée.
Le montant proposé par Google est également au cœur du désaccord. Marc Feuillée indique qu’aucune proposition qu’il considère comme sérieuse n’a été formulée. De son côté, Google affirme que l’enveloppe prévue pour la France est déjà supérieure à celle accordée dans d’autres pays.
Un conflit qui ne date pas d’hier
Cette nouvelle confrontation intervient alors que les relations entre Google et les éditeurs français sont déjà marquées par plusieurs années de tensions autour des droits voisins. En 2022, Google avait conclu des accords avec environ 450 éditeurs français. Deux ans plus tard, en mars 2024, l’Autorité de la concurrence lui avait infligé une amende de 250 millions d’euros. Cette dernière avait estimé que plusieurs engagements pris dans le cadre de ces accords n’avaient pas été correctement respectés.
Entre-temps, les AI Overviews ont commencé à apparaître dans d’autres pays, notamment en 2024 et 2025. Leur arrivée en France relance donc un dossier que les éditeurs considèrent comme loin d’être réglé.
Les négociations restent possibles
La saisine de l’Autorité de la concurrence ne signifie toutefois pas que l’APIG souhaite mettre fin aux discussions avec Google. Les éditeurs demandent avant tout que l’utilisation de leurs contenus dans les nouveaux services d’IA fasse l’objet d’une rémunération qu’ils jugent équitable et conforme au cadre légal.
Reste à savoir si cette procédure permettra de faire évoluer les conditions proposées par Google. Pour les médias français, le sujet devient donc plus urgent. Les moteurs de recherche commencent désormais à répondre directement aux internautes, plutôt que de simplement leur présenter une liste de liens.
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