Des amendements comportant des références législatives inexistantes inquiètent Bruxelles. Pour limiter les dégâts, le Parlement prépare une plateforme interne.
L’inquiétude gagne les couloirs du Parlement européen. Environ 2 100 députés et assistants, soit 20 % du personnel, utilisent chaque jour des intelligences artificielles grand public. Le problème, c’est que certains amendements et discours contiennent désormais de véritables hallucinations, avec des lois totalement inventées.
Des fausses lois repérées par les présidents de commissions
Lors d’une réunion de haut niveau en ce mois de juillet, plusieurs présidents de commissions ont tiré la sonnette d’alarme. L’inquiétude a grandi face à la multiplication des textes à traduire et à des styles d’écriture devenus suspects. Plus inquiétant encore, des références juridiques fantaisistes se retrouvent au cœur du travail législatif.
Aujourd’hui, rien n’oblige les eurodéputés à déclarer l’usage de ChatGPT ou Claude pour leurs travaux politiques. Ils doivent simplement ajouter la mention « assisté par l’IA » lorsque son utilisation est jugée « substantielle ». Les lignes directrices internes publiées en avril 2024 ne s’imposent d’ailleurs pas directement aux élus.
Brando Benifei, rapporteur de l’AI Act, a rapidement appelé ses collègues à la vigilance. L’élu italien estime que le Parlement doit montrer l’exemple avant le 2 août 2026, date à laquelle le règlement européen sur l’IA entrera en application dans sa majeure partie. Alessandro Chiocchetti, secrétaire général de l’institution, a été chargé de faire évoluer le règlement intérieur.
EpGenAI Hub, le « ChatGPT interne » proposé dès septembre
Pour répondre à ces difficultés, l’institution finalise une plateforme dédiée baptisée EpGenAI Hub. Présenté lors d’ateliers récents, cet outil interne permettra de traiter des documents confidentiels tout en évitant leur transfert vers des serveurs tiers. Son déploiement à grande échelle est prévu dès septembre.
Dans la version bêta révélée par POLITICO, la plateforme repose sur deux catégories de modèles. D’un côté, ceux qui fonctionnent directement sur l’infrastructure du Parlement : Llama de Meta, GPT-OSS d’OpenAI et Mistral Small de la start-up française Mistral AI. De l’autre, des modèles plus puissants hébergés à l’extérieur, comme ChatGPT et Claude Sonnet.
Cette dépendance technique suscite des inquiétudes au sein des institutions européennes. Sur les cinq IA retenues pour le moment, seule l’offre de Mistral AI est d’origine européenne. Le service de presse précise que la sélection des modèles reste en cours de révision afin d’accorder une place plus importante aux solutions souveraines.
La souveraineté technologique européenne sous pression
Cette initiative intervient dans un climat géopolitique particulièrement tendu entre Bruxelles et Washington. La vice-présidente chargée du Numérique, Henna Virkkunen, met en garde contre le risque de voir l’Europe perdre des capacités stratégiques si elle ne développe pas rapidement ses propres moteurs d’IA.
Cet avertissement a pris une dimension très concrète en juin dernier, lorsque la Maison Blanche a brusquement contraint Anthropic à suspendre pendant deux semaines l’accès à ses deux modèles les plus puissants. À la levée du blocage, seuls quelques acteurs américains jugés stratégiques ont retrouvé cet accès. Les institutions européennes prennent désormais pleinement conscience du risque que représente leur dépendance envers les technologies américaines.
- Partager l'article :
Restez à la pointe de l'information avec
INTELLIGENCE-ARTIFICIELLE.COM !



