Alors que l’intelligence artificielle s’invite dans chaque étape du parcours universitaire, les facultés de droit du Royaume-Uni redoutent une érosion des compétences essentielles. Les chiffres publiés cette semaine montrent une utilisation galopante qui oblige les institutions à repenser leurs pratiques.
Le débat sur la place de l’IA dans l’enseignement juridique se ravive au Royaume-Uni. Une enquête HEPI/Kortext dévoile une adoption qui ne cesse de progresser, au point d’inquiéter les responsables pédagogiques. Les étudiants s’appuient désormais sur ces outils pour expliquer des notions, condenser des articles et même préparer des évaluations, souvent au détriment de l’entraînement intellectuel indispensable à la pratique du droit.
Une utilisation massive qui inquiète les responsables pédagogiques
Les facultés de droit britanniques observent une mutation soudaine dans les pratiques d’apprentissage. Une enquête HEPI/Kortext publiée en 2025 montre une progression fulgurante de l’usage de l’IA générative.
Selon ce rapport, 58 % des étudiants sollicitent ces outils pour éclairer des notions complexes, tandis que 48 % les mobilisent pour condenser des articles. Le chiffre le plus marquant concerne les travaux notés, car 88 % utilisent l’IA pour préparer leurs évaluations, soit une hausse spectaculaire de 66 % en un an. Ce mouvement inquiète les responsables pédagogiques, qui redoutent une érosion des compétences essentielles requises pour pratiquer le droit avec rigueur et autonomie.
L’effet domino des inégalités et du manque de temps
Cette dépendance s’enracine dans une réalité sociale marquée par de fortes contraintes. Selon l’Union nationale des étudiants, 62 % des inscrits à temps plein occupent un emploi parallèle pour couvrir leurs frais courants.
Cette pression réduit leur temps disponible pour les lectures imposées, souvent denses et exigeantes. Les activités extrascolaires deviennent difficiles à suivre et la motivation s’effrite. L’IA offre alors un raccourci tentant.
Pourtant, les neurosciences rappellent que la construction de compétences juridiques repose sur un entraînement méthodique et répété. Les résumés générés ne restituent pas toujours le raisonnement des juges, ce qui fragilise la capacité à analyser un cas réel avec précision.
Les propositions pour préserver les compétences juridiques
Pour répondre à ces dérives, plusieurs pistes émergent dans les institutions académiques. Les enseignants recommandent de privilégier des évaluations authentiques organisées uniquement en présentiel.
Cette méthode réduit l’usage discret de l’IA et encourage un engagement plus constant. Cependant, cette stratégie reste insuffisante. La Quality Assurance Agency proposait déjà en 2023 de réduire le nombre d’évaluations et d’introduire des formats ancrés dans des situations réelles. Les concours de plaidoirie offriraient ainsi des dispenses partielles selon le niveau atteint et la qualité des mémoires. Les stages d’été ou les cliniques juridiques permettraient aussi des évaluations progressives centrées sur des entretiens, des notes de cas ou des analyses précontentieuses.
L’introduction tardive de l’IA dans le cursus comme piste sérieuse
Plusieurs spécialistes suggèrent de repousser l’usage pédagogique de l’IA aux années suivantes. Les outils d’analyse contractuelle ou d’évaluation de dossiers exigent une base doctrinale solide, rarement acquise en première année. Le droit demeure une discipline centrée sur la communication orale, ce qui impose une maîtrise complète du raisonnement.
Les universités doivent donc garantir la qualité de leurs diplômes et éviter de former des juristes superficiels. Introduire l’IA plus tard dans le parcours constitue une piste crédible, qui préserverait les fondations intellectuelles tout en préparant les étudiants aux technologies professionnelles.
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